VOYAGE EN INDE 2009 – 2010 (le sud)

 

carte du parcours

 

Mardi 13  octobre 2009                       Marignane

Aéroport de Marignane. Me voilà sur le pied de guerre: en route pour l'Inde millénaire. J'en ai pour 24 heures entre les attentes et le vol: deux heures d'attente ici, deux heures de vols vers Londres, une heure et demi de transfert entre deux aéroports, puis neuf heures d'attentes, puis enfin neuf heures de vol. Je prends donc mon temps, bois un café et lis le Courrier International. Une demi-heure avant le départ je m'approche du contrôle de police où une queue conséquente s'est formée. Stupidement je me dis qu'heureusement j'ai une demi-heure d'avance, ça ira. A ce moment une nana double tout le monde en criant "excuse me, excuse me, my flight is boarding" et effectivement sur le panneau d'affichage le vol BA 6535 est "boarding". C'est le mien, je cours derrière elle en criant moi aussi. La police nous fait doubler tout le monde, malgré quelques glands qui râlent, et me voilà enfin dans l'avion juste avant qu'ils ne ferment la porte.

 

Mercredi 14 octobre 2009                           Mumbai (Bombay)

 

Arrivée à Mumbai à midi, odeur de moisissure, chaleur humide. Je prends un  taxi prépayé (on paye la course avant dans un bureau centralisateur, 390 roupies, soit 39 francs, soit 6 euros) pour le centre ville, l'hôtel Welcome, précisément. Mais le chauffeur de taxi ne connaît manifestement pas. Après avoir roulé 1 heure et demi dans un flot chaotique de véhicules les plus divers, dans une ambiance survoltée malgré ou à cause de la chaleur (klaxons, engueulades, manœuvres agressives), avoir traversé des zones de bidonvilles, nous errons du côté de Victoria Terminus où mon chauffeur demande la direction à ses collègues (il prononce Belcom Hotel et ne veut rien savoir quand je le corrige).
On trouve enfin. L'hôtel est discret mais assure à l'intérieur: marbre blanc dans les couloirs, propreté impeccable.

C'est 1500 roupies la chambre avec clim. et TV satellite mais sans salle de bains, un peu cher pour Mumbai si j'en crois mon exemplaire de Lonely Polo, mais le quartier me plait et c'est vraiment propre.

Je pars à l'aventure, à la recherche de la mer.

Beaucoup de miséreux couchés à même le trottoir, certains se sont fait une cabane avec une bâche en plastique, beaucoup de femmes avec enfant qui vendent des légumes, des objets tressés ou tissés, des guirlandes de fleurs multicolores. Elles sont souvent belles, habillées dans des saris aux couleurs vives (safran, vert pomme, rose, bleu turquoise). Même les plus pauvres ont des piercings aux oreilles, au nez et des bijoux aux doigts, mains, chevilles, orteils, cou.

Je  trouve la mer au bout de plusieurs heures de marche dans une atmosphère humide et chaude, parcourant des rues toujours animées où l'air sent l'encens, la cardamome et je ne sais quelles autres épices.

C'est une petite baie où ballottent des dizaines de pauvres bateaux de pêche. Les rives sont rongées par le bidonville des pêcheurs. A mes pieds un corbeau dépèce un  énorme rat mort. Un peu plus loin un homme nu chie dans la mer.

Ce n'est pas la baie de Bombay, "la bonne baie" en portugais que je pensais trouver. Aussi j'insiste et repars à travers rues et boulevards, au milieu des klaxons incessants. Je trouve enfin Back Bay, une des baies de la ville, la plus grande sans doute et celle qui a donné le nom à la ville.
Mis à part la brume il faut avouer que l'endroit vaut le coup d'oeil. Elle est longée par un boulevard, Marine Drive, et une promenade qui semble être le lieu de balade des couples d'amoureux.

Repas du soir : repas iranien (parsi): riz basmati accompagnant de l'agneau dans une sauce épinards et citron vert ("citron noir" me dit le serveur, à priori citron vert séché si je fais confiance à mon anglais défaillant).

 

Jeudi 15  octobre 2009

 

Très bien dormi, le quartier est calme la nuit, le lit dur, ventilo au plafond (préférable à la clim pour dormir).

Je descends à la réception pour demander mon petit déj au grand dam des employés disséminés dans les couloirs et qui attendent que je leur demande un service... Petit déj indien: beignets gras et soupe de légumes au curry et coriandre, plus café noir.

Je traîne et lis le journal gracieusement apporté avec le petit déj. J'apprends que la fête de Diwali commence aujourd'hui et ce pour 5 jours. C'est un peu le Noël des Indiens, je ne sais pas exactement l'histoire, c'est une fête de la lumière, mais dans les faits c'est cadeaux et grosse bouffe pour tout le monde, jours fériés et décorations de guirlandes de fleurs et de lumières sur les commerces, maisons et voitures.

Je lis dans le journal que les autorités demandent aux gens d'utiliser le moins possible pétards et feux d'artifice pour cause de sécurité. Il y a eu une émeute également dans un bled du Tamil Nadu, où des intouchables sont entrés dans un temple qui leur est interdit, sous les pierres des villageois repoussés par la police.

Ensuite départ pour une balade de x kilomètres qui m'amène à faire le tour de Back Bay, Malabar Hill et ses parcs "Jardins suspendus" (bof) et parc Nehru (belle vue panoramique). Une belle mendiante me demande de l'argent pour acheter du lait à son nourrisson, je lui donne dix roupies, elle est déçue, j'aurais dû l'amener au boutiquier d'à côté et lui acheter du lait pour son bébé et quelque chose à manger pour elle...

Ensuite je pars à la recherche de Banganga Tank, un bassin qui aurait été creusé par une flèche de Rama (il en reste un bout au milieu de l'eau). Quartier intéressant, très exotique, labyrinthe de ruelles avec des temples colorés (orange, vert, jaune) par ci par là. Le bassin est dégueulasse, mais des gamins s'y baignent avec joie.

Je prends un  taxi pour aller voir la tour du silence parsi, où les perses de Bombay exposent leurs morts. Le chauffeur ne dit rien mais ne sait pas où c'est, je lui indique le quartier où aller. Sur place des passants m'envoient à droite et à gauche, mais au bout de deux heures je trouve, malheureusement c'est interdit aux non parsis. Je ne peux même pas voir la tour de loin à cause d'arbres immenses.

Je décide d'aller à la mosquée Hadji Ali qui se trouve loin dans la mer, au bout d'une jetée inondable, mais deux chauffeurs de taxi refusent de m'y amener. J'apprends que  c'est à cause de la circulation à cette heure-ci dans le quartier de la mosquée.

Tant pis, direction la Porte de l'Inde et le quartier touristique de Colaba.

La Porte de l'Inde, immense arc de triomphe érigé en bord de mer pour la venue d'un roi d'Angleterre est intéressante. Le quartier de Colaba comme je m'y attendais est sans grand intérêt, il concentre tous les visages pâles présents à Bombay. Assoiffé, j'entre dans un  bar avenant, et sans surprise je m'aperçois que je suis dans le mythique "Leopold's". Bof, bière deux fois plus chère que dans mon quartier de Victoria Terminus.

Je finis la journée dans le restau qui jouxte mon hôtel: grande bière + plus plein d'amuse-gueule + poisson frit + légumes tandoori : 460 R. Un australien me branche car il s’ennuie (homme d’affaire expatrié), il me passe son téléphone avec son fils qui parle et adore le français. J’hérite d’une carte de visite domicile à Delhi, si j’y vais je suis le bienvenu, car ils sont très francophiles…

 

Vendredi 16  octobre 2009

 

J’ai exagéré hier, aussi ce matin je me sens crevé, mal au dos, ampoules à chaque pied, bref je traîne dans la chambre. Lecture du journal avec articles dénonçant l’agressivité et la mauvaise foi de la Chine (contentieux territorial et essai d'un missile balistique indien qui couvrirait toute la Chine).
J’arrive à m’en extraire vers 11h. Direction l’île Elephanta et ses grottes sculptées.
Le temps est maussade mais très humide, je suis en nage au bout de trois pas.
Je prends un bateau « de luxe » (120 R a/r) et me remets à arpenter une colline dans une chaleur étouffante pour voir… ouais, bof, un temple hindou sculpté dans des grottes, Shiva grandeur nature sous toutes ses faces, son mariage, ses différents avatars, je n’y comprends pas grand-chose et ce n’est pas génial au niveau esthétique. Je fais une grimpette sur « canon hill » ornée des deux énormes canons.
Un singe facétieux a repéré ma canette de Sprite quand je le photographiais, il me la prend et quand je proteste il montre les dents. Ok, je vais pas risquer de me faire mordre pour un fond de canette.
Au retour vers le bateau j’attends mon tour pour acheter un beignet frit, une jolie jeune fille commande un beignet supplémentaire et me l’offre. Je discute avec son père (qui n’était pas loin et qui est prof de collège, sympa) mais quand je dis que je suis à la retraite à 55 ans la discussion se meurt. Je suis con, je devrais inventer une histoire, mais j’ai du mal.
Retour chez Leopold, b bien que je n'apprécie pas trop l'adresse.
Puis je me paye un restau autochtone près de mon hôtel. Ayant faim (je ne mange qu’une fois par jour), et vu les prix (50-60 le plat) je commande 4 plats (pulau, biryani aux crevettes, œufs du Cachemire et riz vapeur). Voyant la tête bizarre du serveur, j’annule le riz vapeur. Bonne pioche, car il revient avec 3 assiettes de riz : aux légumes et fromage, aux crevettes, aux œufs.
Chaque assiette est suffisante pour le repas. Du coup j’en offre à mes voisins de table avec qui je discute un peu mais j’ai du mal à les comprendre.
Ensuite direction un cybercafé que j’ai découvert  tout près de l’hôtel. Mauvaise pioche : dès que j’introduis ma clé usb je m’aperçois que je chope le même virus que l’an dernier en Turquie (il crée des fichiers exe du nom des dossiers qu’il trouve). J’interpelle le personnel du cybercafé qui le prend à l’aise, je m’énerve et exige de passer sur une machine dotée d’un antivirus, mais manifestement ils ne savent pas ce que c’est un antivirus et je manque me battre avec le patron qui est bourré et qui le prend de haut. Je repars en claquant la porte après avoir perdu 45mn et gagné un virus.
Je rentre à l’hôtel où les infos de la TV diffuse des alertes au terrorisme taliban ("après le Pakistan ce sera nous"), annonce d’attentat à Goa (bombe sur une moto ?) mais bonne nouvelle le serial killer qui sévissait là-bas a été arrêté. Fin de soirée à regarder un vieux film avec Belmondo en VO sur TV5 monde et à taper ce texte sur l’ordi…

 

Samedi 17  octobre 2009

 

Mon quartier est calme, c'est Diwali, la plus grande fête  indienne.
Je pars à la découverte des marchés, marché aux fruits et légumes et marché "des voleurs". Il n’y a pas de voleurs par contre toute la ville est là pour les achats de fête. Une foule délirante dans toutes les ruelles du quartier, ça en devient suffoquant, c'est vraiment de la défonce pour moi qui navigue à vue, sans plan, dans ce labyrinthe. Des flics canalisent la foule à coups de bâton, je passe au large. Tous les produits commercialisables sont là, mais surtout les friandises, fringues des fête,  gadgets à offrir et partout des vendeuses de fleurs tressées jaune et orange (qu'est-ce qu'elles sont mignonnes ces vendeuses, je me demande de quelle ethnie elles sont).

Je ressors de là un peu groggy, je peste car je ne voulais pas trop marcher aujourd'hui (mes ampoules), et prends un taxi pour la mosquée Hadji Ali qui trône sur l'eau au bout d'une longue jetée. Le chauffeur de taxi tente de m'arnaquer mais ils sont touchants, ça se voit à 1 km quand ils tentent leur coup (il me rend moins de monnaie que prévu).

Là aussi c'est Diwali, tous les musulmans de la ville sont de sortie. C'est très bariolé, chacun achète un tissu coloré qu'il va poser sur le cercueil du saint qui repose là. Beaucoup de mendiants et d'estropiés sur la jetée qui y mène, les fidèles leur donnent facilement l'aumône.

A côté il y a un temple hindou renommé, c'est dédié à la déesse de la richesse, Lakshmi, c'est son jour aujourd'hui, au moins 1 kilomètre de queue sur le trottoir pour y entrer. Je laisse tomber et retourne sur la promenade de la baie (décidément c'est fête, le chauffeur de taxi tente de me faire payer double).

Le soir bon repas dans un restau assez chic recommandé par Lonely Planet: boulettes de poisson à la mode sikh, pas mauvais (700 R avec le riz et 65 cl de Tiger Lager). C'est le personnel qui m'a gonflé, j'étais le seul client et ils étaient tous là à me regarder plus le larbin qui assurait mon service et qui passait son temps à me servir comme si j'étais handicapé.

Diwali bat son plein maintenant: des pétards aussi bruyants que des bombes de 50 tonnes de TNT explosent sans discontinuer dans mon quartier, plus les feux d'artifice les plus divers. Les jeunes s'en donnent à coeur joie mais c'est vraiment pénible au niveau bruit. Les autorités n'ont pas été entendues... Ils ont peur des attentats islamistes mais je les comprends, c'est le jour rêvé pour faire tout péter incognito.

 

Dimanche 18  octobre 2009

 

Je me lève avec une petite forme, légèrement angoissé sans comprendre pourquoi.
Je vais à la gare Churchgate et achète un billet de 1ère classe 104 R pour aller au parc national Sanjya Gandhi. Le billet est valable toute la journée mais le départ  doit avoir lieu dans l'heure qui suit.
Le trajet dure 50 mn, on longe plusieurs bidonvilles installés le long des voies. Les voies servent d'ailleurs de wc, les types accroupis regardent passer notre train sans état d'âme.
Arrivé à la gare de Bolivadi, je prends un auto-rickshaw (petite voiture avec un moteur de mobylette, véhicule le plus courant en Inde) pour le parc (15R). Il est tôt, pas grand monde encore, c'est très bien, et me voilà dans un bus grillagé en route pour le parc aux tigres et aux lions. On en verra une paire ensommeillée, en fait c'est un zoo, sans plus.

Il n'y a vraiment rien à voir d'exceptionnel, le parc est banal, je décide de repartir. Je monte dans le premier train qui passe (il en passe en fait toutes les 3mn).

A la gare de Bandra, cernée par les bidonvilles,  je me suis levé et approché de la porte ouverte pour prendre l'air. Je sors mon appareil photo pour prendre une photo curieuse, un wagon réservé aux handicapés et aux cancéreux. Le train redémarre et alors qu'il sort de la gare, je reçois un coup sur le bras qui tient l'appareil photo, l'appareil m'échappe et va exploser sur la voie: un mec qui était accroché à un pylône me regarde en souriant, fier de lui sans doute. Je ne sais pas s'il voulait me l'arracher et qu'il a raté son coup, ou si juste il voulait me le casser, en tout cas je m'en sors bien, il aurait pu me faire tomber moi aussi sur la voie.
Cela me servira de leçon, je dois être plus prudent et je comprends maintenant mon pressentiment matinal.

Je vais à Colaba, d'abord chez Leopold où le serveur fait exprès de m'ignorer car je ne lui ai pas laissé de bakchich la dernière fois.
Pas grave, je vais à côté, au Café Mondegar où la clientèle est plus jeune et la musique poussée à fond.

Je trouve à côté une boutique internet équipée d'un bon antivirus qui me nettoie ma clé. Ouf, je peux faire mes transferts de fichiers sur mes sites.

 

 

Lundi 19  octobre 2009

 

Grasse matinée, j'ai décidé aujourd'hui de me consacrer uniquement à l'achat d'un appareil photo. Je retourne à la boutique internet d'hier pour me renseigner sur les appareils actuels pour savoir quoi choisir. En route je m'arrête dans une paire de magasins photo pour voir ce qu'ils proposent (j'aimerais reprendre un Panasonic Lumix, mais la marque n'est pas très diffusée ici). Une boutique qui avait toute la gamme des Lumix m'annonce des prix plus chers qu'en France et refuse le marchandage. Je me rabats sur une boutique Canon ou le patron est très professionnel et où les prix sont un peu inférieurs aux prix français. Affaire conclue, je repars avec un Ixus 200 IS, à écran tactile (un peu chiant) mais avec un zoom grand angle x 5.

J'assiste au coucher du soleil sur Back Bay où des centaines d'autochtones endimanchés prennent le frais.
Bon repas au "Café Universel" où je reviens, très bon poulet tikka (grillade marinée sans os) avec un genre soupe de riz aux légumes délicieux.

 

Mardi 20  octobre 2009

 

Pour mon dernier jour à Mumbai il y a plusieurs visites prévues: les dhobi ghats de Mahalaxmi (quartier des laveurs de linge), temple Mahalaxmi qui était inaccessible ce week-end et la maison de Gandi, Mani Bhavan. Mais d'abord trouver un moyen de transport pour aller demain à Nasik. Je vais faire un tour dans le quartier des compagnies de bus (c'est un trottoir près du marché Crawford) où s'aligne une vingtaine de comptoirs surchargés d'affiches, difficile de faire son choix. Celui que je choisis m'annonce 357R pour un bus non climatisé, départ 9H du matin. Je trouve ça cher vu ce que dit Lonely P, aussi je file à la gare Victoria pour voir les trains. Je n'arrive pas à savoir les horaires pour Nasik (un chauffeur de taxi me dit 15h). Mais c'est pas évident pour réserver, il faut remplir un formulaire, trouver le bon guichet... je ressors près à retourner à mes bus, quand je vois une boutique de rue qui annonce réserver billets de train, avion, etc. J'y vais et le gars me propose de m'acheter mon billet pour demain à 400R plus 200R pour le service. Certes ça renchérit de 50% mais ce n'est que 3 euros. Je le paye et il me dit de revenir à 14h chercher le billet. Je n'ai aucun reçu, juste une carte de visite avec sa signature...
Je prends un taxi pour le quartier des lavandières, c'est typique, ça me rappelle Fez et ses teinturiers. On prend des photos du haut d'un pont, mais pas mal de mendiants (enfants) qui veulent leur aumône. Je donne 10R à une gamine de 5 ans qui porte au bras son frère de 6 mois, mais j'ai le plus grand mal ensuite à m'en défaire, car elle veut plus.
Nouveau taxi pour aller au temple Mahalaxmi de la richesse. Le chauffeur ne sait pas où c'est et son anglais est incompréhensible. Après une demi-heure d'embouteillages, je vois qu'il s'est complètement planté, je lui ai pourtant montré une carte, dit que c'est à côté de la mosquée Hadji Ali, sur le front de mer et pas loin en plus. On est en plein centre près de la gare Mumbai Central. Je sors furieux et lui jette 50R bien qu'il ne les ait pas mérités. Il m'engueule en plus le con. Je décide d'y aller à pied et j'y suis au bout de 20mn. Il y a moins de monde que dimanche, je peux entrer dans la zone du temple qui fait un quartier fermé avec plusieurs temples en fait. Le temple est encore pris d'assaut, la foule me dissuade d'y entrer, tant pis. Je vais dans les temples secondaires, un prêtre m'enroule un brin de coton safrané au poignet et me demande 50R... Je le jetterai un peu plus loin car je me tache les vêtements avec...

Je prends un nouveau taxi pour aller voir Gandhi. Mais le mec ne sait pas où c'est. Je le dirige avec ma carte.

Puis retour pour chercher mon billet de train. Pas d'arnaque, c'est clean.

II est étonnant de voir le nombre de chauffeurs de taxi qui ne connaissent pas les lieux touristiques majeurs de la ville, ils s'interpellent entre eux pour se renseigner.
Sinon ils ont un compteur qui est plus décoratif qu'utile, car quand on demande le prix ils improvisent. En fait il faudrait qu'ils appliquent un coefficient multiplicateur au compteur obsolète pour avoir le vrai prix de la course, mais c'est plus vite fait d'annoncer un chiffre arrondi majoré. D'après mes calculs je pense qu'il faut appliquer un facteur 15. 3R au compteur c'est environ 45R à payer...
Un fait amusant est le signe de tête qu'utilisent les mumbaikars (et peut être tous les indiens, on verra) pour dire oui, ou d'accord: ils dodelinent la tête d'un air bizarre, j'ai du mal à m'y faire.
La circulation est démente dans cette ville, la pollution extrême et le bruit de klaxons affreux. C'est vraiment pas une ville zen.           

 

Mercredi 21  octobre 2009                            Nasik

 

Rien fait en attendant mon train de 3h. Je traîne dans la chambre toute la matinée, prend deux fois du lopéramide because un début de courante, puis vais boire un coca chez McDo et un spécial maharadja (oui, je sais, mais c'est pour ménager mes intestins).

Facile de trouver le train, c'est bien indiqué, et il y a même mon nom sur un papier collé sur le wagon (liste des passagers avec n° de siège).

Le deuxième classe climatisé est très très correct, propre et pas grand monde. Agréablement surpris. Le train part à l'heure mais arrivera avec trente minutes de retard.

Arrivé à Nasik, pris d'assaut par des rabatteurs mais je les envoie balader et trouve à quelques dizaines de mètres un chauffeur de rickshaw qui s'avèrera performant et honnête (je lui rallonge la note de 10R). Je vais à un hôtel indiqué sur Lonely à 500R, mais le type me dit qu'il ne reste que des chambres à 2000R. Je repars avec le sac sur le dos, il fait nuit, la circulation et le bruit sont déments. Au bout d'un quart d'heure je vois un hôtel, le prix me va (500 justement), je le prends. Il y a la sdb dans la chambre, c'est plus pratique pour faire la lessive.

 

Jeudi 22  octobre 2009

 

Aujourd'hui c'est vraiment la plongée dans l'Inde véritable. Nasik est une ville sainte pour les hindous car parcourue par un fleuve saint et c'est aussi le lieu où Lakshmana coupa le nez de la soeur du démon Ravana... A 30km il y a le village de Trimbak encore plus saint car il héberge l'un des 12 temples majeurs dédiés à Shiva. C'est par là que je commence la journée. Je prends un bus poussif et me retrouve bientôt dans un village enchanteur, au pied d'un ensemble de relief qui me rappelle Monument Valley en plus vert. Tout le village n'est qu'un immense marché, car hindouisme ou pas, les lieux saints c'est surtout bon pour le commerce. Beaucoup de pèlerins qui font la queue pour entrer dans le fameux temple (il a de la gueule avec son toit en forme de pyramide à degrés noir). J'offre une offrande d'herbe à une vache sacrée (5 roupies la gerbe), puis demande si je peux entrer dans le temple. Le flic me dit oui. J'enlève mes chaussures, m'incruste dans la queue près de la première porte d'entrée (je double en fait plusieurs centaines de pauvres gars qui font la queue) et entre dans la cour. Là horreur, je vois qu'il y a des centaines de gens qui serpentent dans un labyrinthe de barrières métalliques avant d'accéder au temple. Je renonce et fais demi-tour à la surprise générale.
Je vais ensuite errer dans le village où je rencontre plusieurs lieux de prière et de rituel. Vaches en liberté, bouses enflammées, saddhus loqueteux entourés de fidèles au milieu de fumées d'encens,  moines grassouillets quémandant des offrandes (fruits, fleurs, épices) qu'ils jettent dans la rivière sacrée. Je fais le parallèle avec Lourdes pour ce qui est l'exploitation mercantile de la foi: tout ce qui va aux dieux doit d'abord être acheté aux marchands alentour avec la bénédiction des hommes de religion.

Tout est extrêmement coloré et parfumé (odorant disons, car à l'encens et au santal s'ajoute l'odeur d'égout, de merde et de pisse).

Je fais de belles photos au bassin des ablutions où tous se pressent après (ou avant) le temple. L'eau est dite miraculeuse, elle arrête le cycle infernal des réincarnations...

Je reste un moment à observer puis reprends un bus pour Nasik.
Là je vais découvrir aussi les lieux sacrés: le Ramkund, portion de la rivière aménagée en bassin avec des ghâts (berges-escaliers). Des milliers de personnes sont là pour faire trempette aussi ou pour laver son linge. Très coloré, très vivant. Des saddhus, des bonzes, des mendiants sont partout aussi. Je cherche le temple de Kala Rama (Rama le noir), je finis par le trouver après avoir arpenté des rues étroites. Je peux entrer mais "no photo". Je vois une trilogie de dieux en pierre noire, parés d'or et de soierie.

Le quartier est animé, surtout par des jeunes excités qui se lancent une poudre rouge à la figure. Je les évite soigneusement (je pense que cette poudre doit être dure à détacher des vêtements). Je croise d'autres jeunes excités dans les rues, puis carrément une manifestation avec drapeaux, tamtam et toujours cette poudre qu'ils jettent sur tout le monde. Je prends quelques photos mais me tiens à distance, on dirait que c'est un parti politique (extrême droite hindoue?) qui aurait gagné des élections. En fait le soir aux infos de la télé j'apprends que c'est le parti au pouvoir ("parti du Congrès") qui est reconduit au détriment de l'extrême droite (qui est suspectée de l'attentat à la bombe à Goa le week-end dernier).

Je vais dans un bureau de réservation de billets de train, cette fois-ci je comprends comment il faut faire (remplir tout seul un formulaire avec le nom et le numéro de train, la classe et ses coordonnées; aucune aide possible, s'il y a erreur, le formulaire est rejeté et il faut recommencer).

Le soir je me paye un bon végétarien (200R).
Mes problèmes intestinaux sont terminés, par contre j'ai pris froid dans le train (je tousse) et mon allergie cutanée est plus forte que jamais (j'ai pourtant arrêté la bière depuis 2 jours): j'ai les jambes et les chevilles couvertes de boutons très irritants.

 

Vendredi 23  octobre 2009                           Aurangabad

 

Je prends le train pour Aurangabad, ancienne capitale du dernier empereur moghol, Aurangzeb. Comme il fallait s'y attendre c'est bondé. Je suis en seconde classe normale et je me retrouve debout mais j'ai trouvé une place pour mon sac. Chaleur étouffante, des marchands d'amuse-gueule passent et repassent sans cesse alors que nous sommes serrés comme des sardines. Au bout d'une heure un jeune me demande si j'ai réservé une place, je lui dis oui, alors vas-y me dit-il, ne reste pas debout. Je lui dis qu'il y a trop de monde, tant pis, mais d'autres passagers s'y mettent, ils sont choqués qu'ayant une place assise je reste debout. Un jeune fait le poisson pilote pour m'amener à ma place, l'occupant (heureusement c'est un homme) ne fait aucune difficulté pour évacuer. Les femmes et les enfants sont surtout debout ou assis par terre entre les jambes des gens assis. Il y a une promiscuité terrible. Je suis un peu inquiet pour mon sac qui est à l'autre bout du wagon, puis, merde, je fais confiance aux gars qui m'ont dit de m'asseoir. Un quart d'heure avant l'arrivée prévue du train je me lève et j'attaque une procédure d'approche de mon sac. Très dur, car depuis le départ les gens ne font que rentrer, ce qu'il fait qu'il y a une densité humaine proche de 5 personnes au mètre carré. Je joue des coudes, j'explique à qui veut bien entendre que je vais vers mon sac, et enfin j'y arrive. En fait le train va avoir 20 mn de retard que je vais passer sur un pied, encastré entre deux indiennes bien en chair. A l'entrée en gare la frénésie gagne les gens qui veulent sortir et ça commence à bousculer. Les portes s'ouvrent et ceux qui montent sont tout aussi excités car ils espèrent une bonne place. L'ennui c'est qu'une seule personne peut passer à la fois. Je vois le moment où je n'arriverai pas à sortir du train, je me sers de mon sac à dos comme d'un bélier. Personne n'est agressif alors que la situation y est extrêmement favorable, chacun grignote son centimètre sans rien dire, avec résignation mais aussi entêtement.

Passé le barrage des rabatteurs de la gare, je file à un hôtel recommandé par LP, décevant, la salle de bain sent la pisse, mais bon, je suis crevé, je prends. En fait  j'ai la température qui monte et qui va me tenir toute la nuit, pas forte mais continue. Une pharyngite sans doute.

Devant l'hôtel un chauffeur de rickshaw avenant me propose d'aller demain à Ellora toute la journée plus d'autres sites, pour 400 R. Banco. Cela ne va pas plaire aux gars de l'hôtel qui m'avaient proposé Ellora pour 800R (en taxi), que j'avais refusé, ils me feront la gueule et même une réflexion comme quoi je ne dois pas payer le gars plus de 300R. "J'ai payé moins que ça"  je leur dis pour leur fermer le caquet.

 

Samedi 24  octobre 2009

 

Mon chauffeur a l'humeur sombre, il a dû se faire jeter par les gars de l'hôtel. Nous roulons une heure sur des routes pleines de nids de poule. A mi-chemin arrêt de deux heures à la forteresse de Daulatabad, superbe, immense, très bien conservée, érigée sur un piton rocheux qui domine toute la pleine. Plein d'écureuils et de singes (gibbons?). Pas vu de serpents. Les environs ressemblent toujours à Monument Valley, une plaine avec des mesas plus ou moins érodées, légèrement recouvertes d'une herbe plutôt sèche.

Arrivée à Ellora, devant le temple rupestre hindou de Kailasa. Sublime. Un temple immense creusé dans une falaise en basalte noir. Shiva, Ganesh, Vishnou, tout le monde est là.

C'est le bijou des lieux, mais il y a 33 autres grottes creusées en temples ou en monastères, situés dans trois zones contiguës: la zone hindoue, la zone bouddhiste et la zone jaïne. Je peux comparer le panthéon des 3 religions, bien que ma compréhension soit limitée, je note que les Jaïns sont plus proches des bouddhistes pour la statuaire. Ce sont les bouddhistes qui sont les plus sobres, les hindous délirent le plus. Je note la ferveur des hindous pour certaines statues féminines dont les seins généreux sont polis par la main des visiteurs. L'endroit est classé par l'UNESCO et le mérite, c'est hyper intéressant surtout grâce à la proximité des trois religions (les grottes ont été creusées dans les trois zones à peu près en même temps, entre l'an 600 et l'an 1000).

Mon chauffeur comme de bien entendu se montre insistant pour aller au restaurant, pour aller visiter une fabrique de saris en soie... Je suis obligé de mettre les points sur les i, il aura comme prévu 400 roupies mais aucune commission car je n'achèterai rien. Il me dit que si je veux aller maintenant voir le "petit Taj Mahal" Bibi Qa Maqra, il faut que je paye 20 R de plus car c'est loin. Je lui fais la leçon, on ne revient  pas sur une parole donnée, bref il m'emmène où il veut mais il n'aura que 400R. OK, ok, direction le petit Taj Mahal. C'est pas mal, ça ressemble au vrai (d'après ce que j'en sais). Plein de musulmans sont de sortie, tous endimanchés, les filles comme d'hab sont belles comme des princesses. Je regrette de ne pas pouvoir faire de photos, la batterie du Canon est à plat.
Je suis crevé, je demande au chauffeur de me ramener, on fait l'impasse sur le dernier truc à voir (un moulin à eau multi centenaire).

Retour à l'hôtel à 5h où agréable surprise, il y a de l'électricité (car en général ils la coupent de 6h du mat à 6h du soir).

 

Dimanche 25 octobre 2009            Pune

 

J'avais peur de prendre encore froid dans le bus climatisé qui me mène à Pune, mais tout risque est écarté, car le bus n'est pas climatisé, ce n'est pas un pullman, juste un bus autochtone normal. Je suis sur un siège déglingué mais le trajet n'est pas trop pénible. Le plateau du Deccan est monotone, toujours le même paysage depuis Bombay.

Je vais à l'Hôtel National, face à la gare, aspect extérieur engageant (vieille demeure en bois avec vérandas et petit parc), les chambres sont plutôt rudimentaires et un peu chères à mon goût (650R).

Ma voisine Emilie est une jeune française qui comme moi compte rester 6 mois ou même un an peut-être. Nous sympathisons et elle me propose de venir au restau avec elle car son autre voisin de chambre (indien) l'a  invitée ce soir. Ramzee se montrera grand seigneur (malgré sa déception évidente) et nous offrira à tous les deux le repas dans un restau branché de Pune. Pune est une ville riche, très occidentalisée, grandes avenues, magasins de luxe, franchises internationales.

J'ai installé la moustiquaire portable sur le lit car ça vrombit dans le coin.

 

Lundi 26  octobre 2009

 

Je pars à l'aventure vers la vieille ville qui m'intéresse plus que ce que j'ai vu hier. Je vais marcher toute la journée, de 9h à 18h, avec quand même un rickshaw pour le retour. Je me perds dans les rues avec délectation, me fiant au soleil pour éviter de tourner en rond. Je rencontre des marchés, des temples (plusieurs dédiés à Ganesh le dieu éléphant), des parcs dont celui de Peshwa qui est un havre de paix. Je prends le risque de boire du jus de canne à sucre dans le rue, j'en ai trop envie.

Le soir je vais boire quelques bières et manger un morceau avec Ramzee (je l'ai invité pour lui rendre la politesse) qui me parle longuement de l'hindouisme mais aussi de ses idées et projets. Il a réussi l'examen pour être officier de réserve et me dit qu'il est près à se battre pour l'Inde contre le Pakistan ou la Chine. Il est très sérieux et me fait penser à Ahmed, le jeune turc qui était venu à la maison et qui avait ce même sérieux un peu inquiétant quand il parlait de son amour et son devoir envers la patrie...

J'ai eu du mal à acheter un billet de train pour Goa, car l'employée du guichet ne voulait pas m'aider, elle voulait juste son formulaire rempli correctement, or je ne savais pas où le trouver, je ne savais pas quel train je devais prendre et ne comprenais pas ses réponses à travers l'hygiaphone. Bon, j'ai fini par trouver tout seul, je serai en couchettes simples, il n'y a plus de place ailleurs.

Dans le journal j'apprends que Pune a déjà 91 morts dus à la grippe H1N1 et 3 de la dengue. Est-ce la raison pour laquelle je vois pas mal de gens avec un tissu sur le visage?

Les indiennes en général ont plein de bagues et bracelets, notamment  la narine gauche qui porte toujours un anneau et parfois un mini bracelet disgracieux et certainement gênant pour manger (qui les fait ressembler à une déesse qui a le même ornement), et une bague à chaque deuxième orteil pour les femmes mariées. Le troisième oeil est de rigueur, soit maquillé, peint ou collé (velours rouge). Parfois il a la forme d'une larme, d'un trait, parfois un graphisme, ou associé à un autre point. En général rouge, il peut être orange ou jaune...

 

Mardi 27 et Mercredi 28 octobre 2009       Goa

 

Je traîne toute la matinée dans la chambre puis je me paye un vrai thali à midi: dans un plat en inox et pour 120 R on te sert dans une dizaine de coupelles des légumes (pommes de terre, petit pois, pois chiche, lentilles, piment) et des sauces.

Le train pour Goa est à 16h30, aussi je continue à traîner (bar à bière puis internet-café).

En fait le train va avoir une heure et demi de retard au départ, ce qui fait que j'aurai passé la journée à attendre...

Le train est correct, pas bondé, et je dors bien sur ma couchette près du plafond. Arrivée à 8h à Vasco de Gama à Goa. La petite ville est sympa et en plus c'est l'endroit exact où va débarquer Ariane dans 10 jours. Je grignote des en-cas dans un kiosque devant la gare qui sont succulents: croquettes à la viande panées avec des petites graines, samosas, feuilletés divers.

Ici c'est vraiment les tropiques: bananiers, cocotiers, frangipaniers, la nature est exubérante.

Je prends un taxi pour 500R car pour le car il faut faire une queue d'enfer pour acheter le billet. Joli parcours d'une heure jusqu'à Panaji.

Panaji, dès qu'on y arrive on sait qu'on va y rester quelque temps. C'est un mixe de culture portugaise et indienne. Les maisons sont peintes en couleurs vives, bleu, orange, jaune, vert. II y a des églises peintes en blanc, des azulejos au coin des rues. Il y a la mer et le fleuve avec des ponts partout. Beaucoup plus propre que les autres villes indiennes (c'est pas la Suisse non plus), pas les hordes de piétons dans les rues, peu de mendiants et éclopés. Ça klaxonne même moins qu'ailleurs. Bref c'est reposant et je fais une balade sur le front de mer aménagé en promenade et jardin public, puis la vieille ville. Vraiment sympa.

J'ai signé pour la guest house "Alfonso" mais c'est un peu cher (1000 sans les taxes), il faudra que je trouve autre chose. Le soir je me fais "Viva Panjim", recommandé par qui vous savez, pas mal, pas cher surtout: un gi n tonic + un demi-litre de Bud + du crabe à la goanaise + riz basmathi : 240R. Je me suis amusé à draguer une jeune russe qui travaille ici dans le tourisme et qui mangeait seule, l'échange était intéressant. Au moment de partir son amant indien a débarqué (elle se prétend mariée à un  compositeur de musique de films qui à la mode à St Pétesbourg).

 

 

 

Jeudi 29 octobre 2009

 

Balade super dans les rues de Panaji. Cette ville est reposante, ce n'est pas vraiment l'Inde, enfin, si c'est l'Inde car l'Inde est un melting-pot de cultures, ici c'est la culture portugaise catholique qui prédomine, mais il ne faut pas oublier qu'ils ont été ici pendant 500 ans, autant que les arabes dans le sud. Les rues populaires sont un feu d'artifice de couleurs, bleu indigo, jaune, rouge vif (c'est parfois la bière Kingfisher qui peint les murs en rouge pour mettre sa pub), orange... Sur la colline ce sont les quartiers chics, belles et grandes demeures avec parc tropical, des maisons souvent décaties ce qui rehausse leur charme. C'est super de vagabonder dans cette ville car on ne se perd pas longtemps, elle n'est pas bien grande et est limitée par l'embouchure du fleuve Mandovi et par la rivière Ourem. J'ai pris un ferry gratuit pour traverser le fleuve puis loué une mototaxi pour aller voir le Fort Aguada. Belle balade à moto, paysages superbes où s'enchevêtrent rivières, mer, collines et forêts d'arbres exotiques, barques colorées de pêcheurs, hameaux poussiéreux et ballet incessant des deux roues et tuk-tuks, tout ça pour le plaisir de l'oeil.

J'ai mangé un bon thali à midi, pour 100R (avec un verre de jus de mangue).

 

Vendredi 30 octobre 2009

 

Je change de guest house, je vais chez Ovar, 400R au lieu de 1000. Certes c'est moins propre, les draps bien que mis devant moi sont peu ragoûtants, mais c'est pas cher et il y a un joli jardin.
Ensuite je loue un scooter dans la rue, prix imbattable: 200R la journée, casque compris. Je le prends pour 2 jours et file à Goa Velha. Sympa, belles églises du XV et XVI ème siècle.

Je pars ensuite cap au nord pour voir le fameux fort de Tirakol. Je ne le trouverai pas, car je vais faire pas loin de 150 km et je serai crevé, pressé de rentrer avant la nuit. Mais je peux me faire une idée des plages du nord de Goa: Aranbol affreuse, tout ce que je déteste, la station balnéaire baba cool, qui est plus affairiste et faux-cul que les plages plus bourgeoises. Dégoûté après avoir circulé plus d'un km au milieu des boutiques de rue et d'une faune convenue et sans surprise, je rebrousse chemin sans même avoir vu la plage. Par contre trois plages proches (Mandrem, Aswem, Morjim) sont tranquilles, mignonnes et peu ou pas encore exploitées. Je les retiens.

Journée idyllique sur mon scooter, c'est le pied, et je roule avec un sourire qui ne me quitte pas de la journée.

Le soir je marque le coup et m'offre un restau (chez George) avec au menu Tiger Prawns (gambas jumbo) cuites au beurre et à l'ail. Sublimes.

Retour à la chambre où je suis un peu refroidi: le tissu en soie "sauvage" que j'ai acheté pour me servir de drap de secours est tâché et a attiré les fourmis sur le lit. C'est bien dommage car les draps de lit sont repoussants, peut-être propres mais horriblement tachés. Je dors donc sur le duvet, ventilateur à fond. Beaucoup de bruit car je suis à côté de la réception et les copains du gardien de nuit sont venus faire la fête (c'est encore un jour de fête religieuse aujourd'hui).

 

Samedi 31 octobre 2009

 

Virée toute la journée en scooter, les plages au nord de Panaji: Sinquelim, Candolim, Calangute, Baga, Anjuna. C'est avec les deux premières que j'ai eu un bon feeling, c'est le Grau du Roi indien, d'accord, mais hors saison, donc tranquille, plages désertes, pas de bars et boutiques jusqu'au bord de l'eau. Calangute, l'ancien paradis hippie est très classe moyenne indienne, intéressante pour ça d'autant que c'est le week-end et les indiens sont venus en masse. Baga pas mal, mais déjà bien touristique.

Anjuna, le cadre est pas mal, mais c'est la faune post-post sixties qui me donne des boutons. En plus le village est informel, on s'y perd. Je reviendrai pour le marché aux puces du mercredi.

C'est décidé, j'ai maintenant un aperçu des plages du nord-Goa, je vais poser mes pénates à Candolim. Sur le Lonely P ils recommandent une adresse que je sens bien, Villa Ludovici, je vais voir et j'ai immédiatement le coup de foudre: petite villa en bois colorée avec véranda, à la sortie du village, grand jardin fleuri. Quatre grandes chambres avec sdb et lit à baldaquin et pas de clients. Le fils de la maison me dit que pour négocier le prix il faut voir avec sa mère. Je reviendrai demain.

Le soir je rends le scooter au gars en lui disant que je ne le veux plus, mais rentré à l'hôtel je me dis que je suis le roi des cons, car c'est super pratique, tout ça pour économiser 20 balles, et maintenant je vais devoir galérer pour rejoindre la guest house. D'autant qu'en fait j'avais décidé dans la journée de le garder 10 jours...

Repas de poisson grillé ("pompret") sans sauce avec un nan nature, sans beurre. Le serveur étonné me dit que tout ça sera bien sec, pas de sauce, pas de beurre, je lui réponds "apporte moi une bouteille d'eau"...

Je dors dans une nouvelle chambre, plus chère, 600R, à l'étage, draps aussi crades, j'ai mis mon sac à viande en soie mais il me tient terriblement chaud.

 

 

 

Dimanche 1 novembre 2010

 

Je suis parti tôt le matin de l'hôtel dans l'espoir de voir mon loueur de scoot. Banco, il est là à 8h et demi à faire le pied de grue. Il est content de me voir et d'encaisser 2000 R pour 10 jours de location.

Je file à Candolim en scoot et vais chez Ludovici. Je fais baisser de 100R le prix avec la maman, conclu pour 600R par jour (9 euros) c'est une super affaire, la meilleure pour moi depuis que je suis ici: c'est clean, les gens sont aimables, ça a du cachet, c'est l'endroit idéal pour rester tranquille quelques jours ou quelques semaines. J'ai sdb avec eau chaude où je ne crains pas de marcher pied nu, grande chambre meublée (secrétaire, table, 2 fauteuils, lit à baldaquin avec moustiquaire, placard, deux grandes fenêtres donnant sur le jardin fleuri et ventilateur de plafond bien sûr).

Matinée sur la plage voisine, peu de monde, juste une poignée de top models russes style Botero, et premier coup de soleil. A midi je me paye un délicieux chop suey au poulet pour 60R (presque tous les restaus proposent des plats chinois).

 

Lundi 2 novembre 2010

 

Comme j'ai un coup de soleil j'évite la plage et je file explorer Sequelim et Candolim. Puis je file découvrir la plage de Vagator que je n'ai pas encore vue.

Le site est le plus beau, ce sont trois criques rocheuses adossées à une colline et une petite falaise ocre. Des vaches font la sieste au bord des vagues. Je m'arrête boire un coup dans un bar de plage tout près. Une indienne rayonnante, toute en couleurs et sourire entreprend de me vendre quelque chose. Elle est mignonne et surtout très cool, très gaie et très obstinée. Elle me tiendra la jambe un quart d'heure pour essayer de me fourguer une chemise, bientôt rejointe par une autre qui tente aussi sa chance... A ce moment là arrive une troisième nana, très belle, 22 ans, un sourire magnifique (elles ont des dents d'une blancheur de porcelaine), des yeux à tomber à la renverse, et elle entreprend de me vendre aussi quelque chose en usant de séduction à la fois naïve et très experte. Bien entendu j'ai craqué au bout d'une heure de baratin ininterrompu. A l'une j'ai acheté une chemise blanche très légère, à Nikita, la belle aux yeux de biche, un pantalon "qui ira bien avec". Je leur paye à boire, elles l'ont bien mérité. Elles partent et je me sens tout chose. Je suis amoureux.

Je file me remettre de mes émotions à Baga, autre plage sympa quoique très animée, à regarder la mer pendant un temps infini.

 

Mardi 3 novembre 2010

 

Ce matin j'ai pris un médicament chinois d'Ariane pour le mal au ventre qui va s'avérer très efficace. Je roule toute la journée en scoot pour visiter des temples hindous. Les étrangers sont acceptés à l'intérieur mais les photos interdites. L'intérieur de ces temples rutile d'or et d'argent. Le saint des saints où se trouve la statue du dieu est une petite pièce aux parois en argent travaillé. Le dieu a des guirlandes de fleurs autour du cou, de l'encens qui brûle à ses pieds ainsi que des offrandes dans des coupes (fleurs, fruits) apportés par les fidèles et placés par les prêtres qui surveillent. Les dons en numéraire sont les bienvenus, c'est écrit partout.

Arrivé à Ponda, je m'inquiète du niveau d'essence, je trouve une station mais elle est en panne: il y a de nombreuses coupures d'électricité par quartiers et les pompes ne marchent plus. Je décide de suivre une femme en scoot qui voulait aussi de l'essence, elle file dans plein de rues, va-t-elle vraiment à une station ou rentre-t-elle chez elle? Gagné, on arrive à une station qui fonctionne. J'ai déjà fait 500 km avec ce scooter, il ne chôme pas.

 

Mercredi 4 novembre 2010

 

Aujourd'hui direction le grand marché du mercredi à Anjuna.

Sur peut-être un hectare de terrain vague allant jusqu'à la mer sont rassemblés des centaines de stands et de huttes sommaires où on peut trouver tous les colifichets, souvenirs, tissus, vêtements, bijoux et objets artisanaux que le touriste standard peut désirer. Stands de samosas et de jus de fruits aussi, guinguettes, sans oublier les saddhus qui font la manche d'un air ébahi, les sourds-muets, éclopés et autres filles mères. C'est folklo, il y a beaucoup de monde, beaucoup de visages pâles, même parmi les vendeurs, quelques spécimens notables, tatoués, percés, défoncés. Quelques vacanciers russes aussi, ils sont partout, vraiment laids, surtout les femmes.

En entrant sur le marché un indien m'a interpellé, me montrant avec insistance mon oreille. Je l'ai frottée, croyant que quelque chose s'y était accrochée. Mais il s'approche la main en avant. J'ai naïvement cru qu'il allait enlever ce qui n'allait pas, je regarde ailleurs puis tourne brusquement la tête. Il pousse un cri et le vois avec une aiguille de 15 cm en main avec du cérumen (cire humaine) au bout. Il a failli me percer le tympan ce con! Le soir avant de rentrer à la guest house j'achète des cotons-tiges. En partant une jolie nana d'un stand de fringues m'arrête, "tu te rappelles de moi, hier sur la plage? tu es mon ami, entre acheter une chemise, bon prix". Je ne me rappelle pas d'elle, elle est très jolie, je file en quatrième vitesse sinon je vais encore dépenser ma précieuse pension d'Etat.

Balade en scoot jusqu'à Chapora et son fort en roche rouge d'où on a une vue superbe sur les plages de Vagator et Morgim.

 

Jeudi 5 novembre 2010

 

Aujourd'hui j'ai décidé de voir ce qu'on pourrait faire avec Ariane lundi prochain. Je suis allé jusqu'à Vasco da Gama puis Marmagao, où j'ai trouvé le port où accostera certainement le bateau d'Ariane.

Puis je suis parti à la recherche des plages du sud. C'est en fait tout à fait différent de ce que j'avais vu. Ici c'est la zone résidentielle, rupin même. La forêt de palmier est propre et harmonieuse, pas de détritus sur les bas-côtés, des grosses villas et des "resorts" à demi cachés derrière les arbres. Je me retrouve sur une plage immense, une bande d'au moins 20km de sable blanc rectiligne, pratiquement personne, ou un de temps en temps de loin en loin. Il y a trois lits de plage avec parasol, je m'installe. Bientôt un jeune viendra me proposer à boire et manger, il y a en fait un restau pas loin caché dans les buissons. Je mange un délicieux poulet au citron et à l'ail (80R).

Je passe l'après-midi à lézarder, c'est la première fois depuis que je suis arrivé. A 16h je décide de filer, car j'ai une heure et demi de route pour rejoindre "ma maison". Je me retrouve sur la grand-route Margao-Panaji, ça roule bien quand un gars au bord de la route me fait signe de mettre mon casque (je ne le mets que pour me protéger du soleil). Je double un camion arrêté et me range au bord de la route pour mettre mon casque. Mais trop tard, à 100m des flics (des motards) me regardent faire et attendent que j'arrive. Je repars et bien sûr ils me font signe de m'arrêter. C'est un grand type pas commode et une femme qui restera en retrait. Le mec me dit qu'il faut mettre le casque sur la highway, je lui dis que j'avais oublié de le mettre mais je venais juste de démarrer. Il fait les gros yeux et me demande mon permis de conduire. Je ne l'ai pas là, je ne pensais pas qu'il fallait l'avoir pour conduire un scoot. Des centaines d'étrangers roulent en scoot et même moto sans permis.

"C'est obligatoire. Driving licence, please.

-Je vous dis que je ne l'ai pas et que je ne savais pas qu'il fallait l'avoir. J'ai un permis international dans ma chambre d'hôtel, mais je ne comprends pas pourquoi vous le voulez.

Entre temps il arrête tous les scoots et motos qui passent et leur demande aussi leur driving licence, petite carte plastifiée qu'ils ont sur eux.

-Ça fera une amende de 950 roupies qu'il me dit. Il faut venir à la police station payer l'amende.

Bon j'ai compris. Il me regarde méchamment et me dit "tu as de l'argent sur toi? ça te coûtera moins cher.

-Non, je reviens de la plage, je n'ai pas d'argent.

Il s'en va demander les papiers à quelqu'un puis revient.

-Cherche bien, tu as forcément de l'argent sur toi."

Je me rappelle alors ce que j'ai lu sur Lonely Planet, que la police de Goa avait parfois l'habitude d'arrêter des étrangers et fouiller leur sac, et trouver du haschich qu'ils mettaient eux-mêmes pour ensuite les faire chanter. J'ouvre mon portefeuille et je vois pour seule monnaie un beau billet de 500 tout neuf. J'ai hésité, failli lui demander s'il n'avait pas la monnaie (mais je pense qu'il n'aurait pas apprécié), je le lui ai donné. Il l'a pris sans montrer aucune émotion et m'a tourné le dos en disant "fais attention sur la route et mets ton casque". Enfoiré, il a bien gagné sa journée. Je repars furax et roule 3 minutes, le temps de faire un kilomètre et je vois un flic qui me fait signe de m'arrêter! "Driving licence!

-C'est une plaisanterie ou quoi. J'ai pas de driving licence et je l'ai dit à votre collègue qui est à un km d'ici.

-Tu lui as donné combien?
-Pardon? je n'ai rien donné du tout.

-Tu ne lui as pas donné d'argent et il t'a laissé partir?

-Oui, je lui ai dit que je suis étranger et que je ne sais pas pour les driving licence.

-Et pourquoi il t'a pas donné d'amende? C'est 950R l'amende. Tu es sûr que tu as pas donné de l'argent? Combien d'argent tu as sur toi?

-J'ai pas d'argent, je reviens de la plage.

-Dis-moi combien tu lui as donné, pourquoi il t'a laissé partir.
-Il a été très gentil et il a vu que je n'avais pas d'argent."

Le type grommelle quelque chose (une insulte sans doute) et me dit: "Bon, allez, vas t'en!"

Ouf, je repars mais ne serai pas tranquille pendant toute l'heure qui suivra, toujours inquiet de voir un ripou me faire signe de m'arrêter. Par réaction, je vais le soir me boire un gin tonic et manger dans un restau italien, ce qui me fait dépenser 500R, la même somme, ma manière d'effacer cet incident désagréable.

 

Vendredi 6 novembre 2010

 

Je retourne me balader en scoot vers le nord, Morjim, Mandrem, les plus belles plages pas encore (trop) défigurées. Défigurées, mais à qui la faute, et est-ce évitable? Non, je vois de pauvres autochtones construire leur guest house avec peu de moyens, continuant à habiter dans des cabanes à côté, dans l'espoir bientôt de bénéficier eux aussi du pactole. Les enfants s'essayent à l'anglais, la langue du business futur, ils sont ouverts, souriants et optimistes. C'est la marche de l'histoire, et si Goa c'est plus ce que c'était, ce n'est la faute que de ceux qui le disent.

Le soir je vais manger un "prawn sizzler" (crevettes et légumes en papillotes). Le serveur (du Penjab) est sympa, il me fait la causette. En partant, c'est la nuit, je touche une voiture qui passe en manoeuvrant mon scoot pour partir. Quatre jeunes sortent et scrutent la carrosserie de la voiture avec une attention excessive, je regarde, ne vois rien, il fait nuit faut dire, je dis "ok, no damage", le garçon du restau me dit "ok, no problem, go". J'enfourche ma machine, les gars continuent à chercher une éraflure sur la voiture et je file, lentement d'abord, pour montrer que je n'ai rien à me reprocher, puis à fond une fois que je me suis éloigné, au cas où ils réagiraient négativement. Je me rends compte alors que je ne sais même pas si le scoot est assuré et si oui comment...

 

Samedi 7 novembre 2010

 

C'est décidé, ma dernière journée à Nord Goa. J'en profite pour passer la journée sur la plage, avec lit et parasol. La mer n'est pas très limpide, des travaux de terrassement pour refaire la plage voisine emportée par une tempête je suppose, voile l'eau de terre et de sable...

 

Dimanche 8 novembre 2010

 

Je déménage, mon nouvel hôtel est le "National Hotel", vieil hôtel aux vérandas en bois peintes en bleu, défraîchi mais bien placé (en plein centre de Panaji, face à l'hôtel du gouvernement). 250 R la nuit, le moins cher que j'ai trouvé pour l'instant, ça vaut celui à 600 R où j'avais dormi précédemment.
Je traîne en scoot, et à un moment je le reprends mais je ne peux plus le redémarrer, la clé ne rentre plus dans le Neiman! Je pense que quelqu'un a tenté de le voler et l'a forcé. Je repars furax en le poussant sur la route (je suis à 4km du centre ville) sous le soleil. En route deux jeunes veulent me dépanner avec un tournevis mais n'y arrivent pas. Je marche 10 mn mais cette histoire me travaille. Je m'arrête, tourne le guidon à fond à gauche et la clé entre! En fait ce qui m'a trompé ce que le Neiman qui doit bloquer le guidon ne le bloque plus, donc je n'ai pas fait attention, gardant le guidon droit pour mettre la clé, alors qu'il faut introduire la clé guidon braqué...

 

Lundi 9 novembre 2010

 

C'est aujourd'hui que je rencontre Ariane au port de Marmagao. Je me lève à 6h. Il a plu dans la nuit et il tombe encore quelques gouttes. J'hésite à partir en scoot car j'ai une heure de route et si le temps empire ce sera galère.

Je pars quand même avec veste et imperméable. J'arrive à huit heures sans mettre mouillé et attends jusqu'à 9h30 qu'Ariane sorte (c'est sa chef de service qui l'a retardée apparemment sciemment). Nous prenons un petit déjeuner à Vasco da Gama puis filons à la plage que j'ai repéré jeudi dernier. Un flic nous arrête en route mais j'ai ma "driving license" sur moi! Ariane achète un sari en coton pour faire office de maillot de bain et nous restons à la plage une heure. On commande un repas au restau d'à côté mais le timing est serré car Ariane doit être sur le bateau à 14h20 et il est 13h. Le serveur promet un service rapide mais en fait à 13h 20 on n'a toujours pas de repas. On demande de le conditionner pour l'emporter et nous démarrons en trombe car on a moins d'une heure pour arriver, ce sera juste. A peine avons nous fait 50m qu'un glandu à moto rate son virage et nous percute. Pas de mal car je n'allais pas vite et l'ai vu arriver, mais le scoot a des dégâts. Le jeune se confond en excuses et m'offre un billet de 1000R, mais veut la monnaie, en fait il me donne 200R pour les dégâts. Je n'ai pas le temps de discuter, on est trop à la bourre, je prends son argent et on repart fissa. Il y a un problème dans la direction mais ça marche. En route on est arrêté par un accident de scoot, plus grave car il y a la police, mais je ne traîne pas. En fait on arrive à 2h10 au port ce qui nous permet de grignoter notre repas avec les doigts plein de sauce. Nous nous quittons et je rentre à Panaji ou je trouve mon loueur de scoot. Je l'invite à boire un pot et discutons des réparations. Je le pense honnête et accepte de le dédommager de 3000R. C'est un coup dur pour moi mais depuis le début ce scoot m'a créé des histoires, et ça aurait pu être pire. Fin de l'épisode scoot.

 

 

Mardi 10 novembre 2010

 

Une journée à glandouiller en attendant mon bus couchette pour Hampi à 20h. Le temps est toujours aussi maussade et lourd.

 

Mercredi 11 novembre 2010                            Hampi

 

Voyage assez pénible car il a plu tout le long du trajet: ma couchette (très étroite) était près de la fenêtre pas étanche bien sûr, donc des gouttes d'eau dans le cou toute le nuit. De plus nous sommes tombés sur une route en travaux qui avec cette pluie s'est transformée en bourbier, qui nous a fait perdre plusieurs heures: prévu pour 10h le trajet a duré 14h. Cerise sur le gâteau, mon sac sorti de la soute est trempé et sale.

Mon voisin de couchette, Jean Philippe moniteur de parapente à Gap, est sympa et nous décidons de prendre une chambre ensemble à Hampi pour réduire les coûts.

Beaucoup de rabatteurs dans le coin, mais nous allons dans une guest sympa et colorée, Shanthi.

Le site est magnifique. Le village est carrément au milieu des monuments, certaines maisons de villageois utilisant les structures des bâtiments archéologiques. Les alentours sont des chaos de rochers ronds, énormes, d'un joli brun doré. Sur des kilomètres sont éparpillés des temples, palais, remparts. Nous partons les découvrir à pied jusqu'à la tombée de la nuit. La rivière serpente au milieu de ces rochers qui forment de véritables collines. On dirait qu'un géant s'est amusé à empiler des tas de pierres dans une grande plaine, il n'y a pas de montagne en vue et on ne comprend pas la provenance de ces rochers.
Le dernier temple que nous allons voir est payant (250R), il est 17h, ça ferme à 17h30, il n'y a que nous,  mais c'est trop cher, nous repartons. Le vigile à l'entrée nous interpelle. "100 roupies chacun!". Nous hésitons, puis non, pas bien la corruption et pas obligatoire de tout visiter. Non, on repart. "Hé, venez voir. 100 roupies les deux". Bon, dedans il y a le char royal en pierre, qu'on voit partout en photo (même sur Lonely). Au diable la corruption, on a limité ses ambitions, on lui donne ses 100 R. Le temple est très beau, le char impressionnant, fait en pierre de taille à 100%.

Retour dans un décor magique à la tombée du jour. Nous rencontrons un jeune indien efféminé (Ravi), à la voix douce et précieuse mais qui parle très bien français. Il se propose comme guide, nous éludons, mais il nous fera bien rire (pas méchamment car il est très gentil)  chaque fois que nous le croiserons.

 

Jeudi 12 novembre 2010

 

Nous louons des vélos et démarrons pour une longue journée de vélo quand nous entendons un bruit de fanfare et voyons plein de gens sur une terrasse près d'une maison en hauteur. Nous nous approchons, c'est un mariage, deux en fait. Nous approchons précautionneusement, les gens nous font signe que nous pouvons les photographier. Nous prenons de belles photos des rites traditionnels du mariage (ablutions, offrandes des demoiselles d'honneur aux mariés (un peu comme aux dieux), saupoudrage de curcuma ou autre poudre jaune sur les mariés, colliers de fleurs, etc.

Il va sans dire que les filles sont encore plus belles que d'habitude, des saris éclatants de couleurs qui n'existent pas chez nous et des fleurs parfumées dans les cheveux.

Très vite les gens nous montrent que nous sommes les bienvenus et le père d'un des mariés nous invite à manger avec eux. Nous sommes une cinquantaine d'hommes assis le long de longues tables et de jolies serveuses en saris bleus nous servent  un plat très bon comme d'habitude, des piments, des minuscules boules de pâte sucrées, d'autres épicées, des pommes de terre au curry, je ne sais plus quoi encore. Jean Philippe et moi nous régalons et le père du marié vient nous voir pour demander si on a aimé et si on en veut encore. Nous discutons un peu, il insiste pour savoir si on veut encore manger, quand je m'aperçois que nous sommes les seuls JP et moi encore à table, tout le monde est parti. On se lève précipitamment, et nous faisons bien car les invités du deuxième mariage viennent prendre notre place!

Les indiens sont vraiment adorables et beaucoup nous disent au revoir quand nous enfourchons nos vélos.

Nous parcourons une bonne partie du site pendant le reste de la  journée. Les lieux sont grandioses: au milieu du chaos de rochers gargantuesques, des palais, des temples et même une ville fortifiée se rencontrent au détour de la route, le long de rizières, de bananeraies et de cocoteraies. C'est magnifique, c'est un décor de théâtre. Un des lieux de la planète les plus impressionnants qu'il m'a été donné de voir.

Le soir nous allons au temple au centre du village, on achète des bananes aux vendeuses qui sont à l'entrée, puis entrons en les croquant. Des singes s'approchent et essaient de les arracher de mes mains. Je les fais fuir à qqs mètres et leur lance une peau de banane. Un indien m'engueule et me dit de leur donner des bananes. En fait je percute: les bananes vendues à l'entrée, c'est pour offrir aux singes. Ok, on les leur donne, mais dommage, elles étaient vraiment bonnes. Il y a un éléphant aussi qui te bénit si tu lui donnes une pièce d'une roupie qu'il saisit avec sa trompe...

 

Vendredi 13 novembre 2010

 

Mauvaise nuit pour moi: il y a eu une coupure de courant pendant toute la nuit, ce qui veut dire pas de ventilateur de plafond: j'ai transpiré comme un porc toute la nuit, très pénible. En fait le matin j'apprendrai que certes il y a eu une panne, mais d'une demi-heure, mais un gland a touché un coupe-circuit qui a coupé l'électricité dans le bâtiment où se trouve notre chambre...

Je rencontre Emilie de Pune qui est là depuis 10 jours et qui part aujourd'hui; sa naïveté est mise  à rude épreuve et elle comprend qu'il faut qu'elle soit moins "ouverte" avec les indiens de  rencontre (Ramzi de Pune la harcèle par mail...).

On part à pied explorer un temple de l'autre côté de la rivière, 2 heures de marche dans une chaleur de hammam, belle vue. En grimpant vers le temple d'Hanuman le roi singe, des dizaines de singes tournent autour de nous, et plus particulièrement de moi. Je me rappelle que j'ai acheté un régime de bananes ce matin et les singes sentent l'odeur bien qu'elles soient dans le sac à dos.

J'ouvre le sac et commence à sortir une banane puis deux. Grossière erreur car ils s'excitent, j'ai le régime dans une main, un grand singe me saute dessus et me griffe le bras, méprisant la banane que je lui ai jeté: c'est le régime entier qu'il veut, je le lui laisse et file pas fier. Bien sûr j'ai oublié mes lingettes désinfectantes à l'hôtel, je me vaporise de l'antimoustique dessus, car il contient de l'alcool. Promis, je n'achète plus de bananes.

Au retour nous montons sur une autre colline où la vue est magnifique sur toute la vallée. Je n'atteins pas le sommet car j'ai tout d'un coup le vertige (nous escaladons les rochers titanesques), c'est peut-être dû à mon manque de sommeil...

 

Samedi 14 novembre 2010

 

Nous avions décidé de ne rien faire de spécial, mais nous rencontrons une petite jeune de 19 ans qui vient d'arriver. Elle fait du volontariat dans le Kerala et est venue en week-end à Hampi. Nous lui servons de cicérone et revisitons à pied plusieurs sites. Jean Philippe et moi délirons pas mal avec nos bobs rose fuschia...

Un vigile nous propose d'entrer aux "étables aux éléphants" sans ticket, mais il n'accepte pas notre prix trop bas. Nous ne verrons pas ces fameuses étables.

 

Dimanche 15 novembre 2010

 

Jean Philippe est parti à Mysore, je change de chambre pour une single (250R). Je vais me balader à vélo jusqu'au village d'Anegundi. Pour y accéder il faut prendre des "barques" car le pont en construction a été détruit par une précédente crue. Je ne suis pas rassuré de prendre ces barques qui sont en fait des paniers d'osier recouverts d'une toile goudronnée. Ils sont tout rond et prennent l'eau (une fois arrivé de l'autre côté il faut écoper toute l'eau qui est au fond). Elles transportent des motos par deux ou trois, les faire entrer et sortir n'est pas une mince affaire et esquinte pas mal le tressage d'osier.

A un moment la pluie se met à tomber, je vais m'abriter dans le "temple sous-terrain". Trois jeunes indiennes font de même et bientôt m'offrent à manger et à boire, simplement parce que ça leur fait plaisir de rencontrer un étranger.

Le soir je mange un peu trop: momos végétariens tibétains et riz baryani aux légumes arrosé de thé noir sucré (ça me rappelle le thé turc).

 

Lundi 16 novembre 2010

 

Je prends un petit déjeuner énergétique dans la rue (thé noir brûlant et piments rouges en beignets). Je vais ensuite chez le coiffeur juste à côté me faire raccourcir égaliser les cheveux (100R). Excellent thali au Mango Tree (il n'y a pratiquement que des nanas, c'est incroyable ça, les routardes anglophones sont majoritaires sur les routes exotiques).

 

Mardi 17 novembre 2010                                Bangalore

 

Très longue journée en bus de Hospet à Bangalore: 11h. Mais c'est intéressant. Circulation démente, que ce soit en campagne ou en ville. Aucun code de la route, c'est le plus gros qui impose sa loi. Mais tout se passe sans heurt, ni agressivité ni accrochage, c'est assez étonnant. Le chauffeur du bus est un virtuose, il évite nids de poules, crevasses, motos et piétons avec flegme. Il n'hésite pas à doubler en triple file dans un virage sans visibilité, parfois il double à gauche sur le bas-côté s'il trouve que c'est plus judicieux. A l'arrivée je le félicite pour sa conduite, il en rougit de plaisir.

Sur  l'autoroute on trouve de tout, des camions en panne au milieu de la voie (il y  en a même un  garé sur la voie de droite, qui était en cours de réparation, le train arrière tombé), des vaches, des troupeaux de moutons, des semi-remorques énormes, le double des notre en longueur et en hauteur... Il y en a même qui roulent en sens contraire si leur village est plus accessible comme ça.

L'arrivée à Bangalore est épique, deux heures pour traverser les faubourgs, un chaos indescriptible, d'autant que d'importants travaux ont lieu (construction d'un viaduc énorme, pour le métro si j'ai bien compris). En plus c'est la mauvaise heure, 18-20h, c'est un merdier incroyable. Poussière, gaz d'échappement, bruit des klaxons et des moteurs, cris des gens (le contrôleur du bus cri tout le temps pour soit avertir le chauffeur soit pour impressionner les autres conducteurs quand le bus veut changer de voie (car il passe son temps à zigzaguer dans le trafic).

Je suis devant, à la place du mort, avec une vue sur la circulation imprenable. C'est franchement mieux que d'avoir pris un bus "de luxe" à 500R pour ne rien voir et avoir son sac dégueulassé...

A Bangalore je prends le premier hôtel que je trouve, dégueu mais je crois que je vais quand même bien dormir.

 

Mercredi 18 novembre 2010

 

Le temps est maussade, crachin style breton, ciel gris sombre.

Cette nuit j'ai dormi dans un hôtel bon marché près de la gare, sale. Je déprime un peu ce matin en voyant cette chambre, ce temps, plus la chiasse que j'ai attrapé en mangeant hier soir du poulet pas bien grillé : donc je me suis payé un bon capuccino avec brownies dans un truc européen puis  j'ai cherché une chambre plus confortable.

Je me fais plaisir dans une guest house très classe avec wifi gratuite illimitée, la Ashley Inn, 2000R, très mignon. Il pleut toute la journée. J'en profite pour lancer des téléchargements de films et mettre à jour mes blogs et sites web.      Bon restau le soir (agneau en sauce au poivre de java) et bière (ça faisait une semaine que je n'en avais pas bu).

 

Jeudi 19 novembre 2010

 

Je change 150€  dans une agence "Thomas Cook" olé olé qui me propose un meilleur change si on ne fait pas de papier. J'obtiens 10000R (la guest house aussi me facture au black moyennant 15% de réduc)...

Le soleil est sorti, je me balade dans les rues, mais rien à voir de spécial. Pas mal interpellé par les chauffeurs de rickshaw qui ont l'air à cran. Je bois une bière dans un bar mode (NASA, décor navette spatiale), 50% de réduction pour "récession hour".

 

Vendredi 20 novembre 2010                           Mysore

 

Je prends un bus local pour Mysore, 4h, 88R. C'est intéressant les bus locaux car ce n’est pas cher, on est immergé dans la population et les chauffeurs sont particulièrement attentionnés. En plus ils s'arrêtent dans plusieurs villages, ce qui permet de voir plein de choses.

Arrivé à Mysore je me laisse embarquer par un rabatteur qui m'amène à un hôtel que je trouve correct, 400R la nuit.

Balade ensuite dans la ville, le marché très coloré, le palais musée d'Art, très intéressant (nombreux objets (meubles, bibelots, instruments de musique, tableaux) ayant appartenus aux Maharajahs de Mysore). Mysore est une ville où on se sent bien tout de suite, pas trop de monde, avenues larges, parcs et belles perspectives. Je bois une bière dans une gargote à alcool, glauque comme tous les bars à bière ici.

Un gars m'aborde en fin de journée, me propose de me guider, de me faire visiter un vieux marché pas connu des touristes et me dit qu'il y a un concert de la fille de Ravi Shankar à 19h au palais que j'ai visité cet aprèm. Ça m'étonne car je n'ai vu aucune affiche, mais je vais y faire un tour à l'heure dite et bien sûr il n'y a rien du tout.

Le palais du maharajah est illuminé cette nuit car c'est un jour de fête (encore un).

Rentré à l'hôtel je prends l'ascenseur pour rejoindre ma chambre au 4ème étage. Panne de courant, je me retrouve bloqué une minute, heureusement j'ai une lampe de poche ce qui m'évite de paniquer. Quand le courant revient je prends l'escalier, c'est plus sûr.

 

Samedi 21 novembre 2010

 

L'hôtel n'est pas terrible mais très bien placé: je suis réveillé par des bruits de fanfare: juste à côté de l'hôtel il y a un temple hindou qui va être le point de départ d'un grand défilé avec éléphants, chars et des tas de nanas habillées comme des princesses. Je passe la matinée à suivre le défilé et prendre des photos.

Visite ensuite du palais du maharajah  de Mysore: grandiose, c'est tout à fait le palais de maharajah  qu'on imagine: la salle du mariage notamment avec son kiosque octogonal, ses colonnes multicolores en forme de palmiers qui auraient été dessinées par le facteur Cheval, sa verrière peinte de plumes de paon...

J'y reste une partie de l'après-midi à l'ombre des jardins car je me sens fatigué et c'est un endroit idéal pour se reposer. Puis je vais dans le quartier musulman voir la cathédrale catholique de St Philomène. Toutes les femmes ici sont en Polo noir, beaucoup vont d'une boutique de bijoutier à une autre car c'est aussi le quartier des bijoutiers.

Je décide de me rajeunir, j'en ai assez de ma barbe, je vais chez un barbier qui me rase parfaitement pour 50 roupies.

Mon nouveau look a vite du succès: alors que je prends un thé dans une gargote, un étudiant vient me brancher et est tellement insistant que je suis obligé de devenir désagréable!

J'aurai préféré avoir à faire avec la jeune  brune ténébreuse à la moue délicieuse que j'ai croisée ce matin au défilé...

 

Dimanche 22 novembre 2010

 

Ce matin je prends mon temps. Petit déj à 10h au café Aramane que j'aime bien. Ensuite j'attends dans la gare routière urbaine super neuve le bus 316 pour aller à Srirangapatnam, à 20km. J'attends une heure, pas de bus je demande et un employé me dit que c'est pas ici, mais sur le terrain vague à côté et que c'est le 105 ou le 106 qu'il faut prendre. Soit, bien que je sois sous le panneau indiquant le 316 et la bonne destination. J'attends encore une demi-heure au nouvel endroit et vois enfin arriver le ... 316.

Sri (Saint) Rangapatnam est un village intéressant: ancienne ville fortifiée détruite par les Anglais en 1799 elle est chargée d'histoire ayant été la capitale du roi musulman Hyder Ali et de son fils Tipu Sultan. Beau temple très ancien, beaucoup de fidèles en ce dimanche. J'envoie les chauffeurs de rickshaw sur les roses et arpente le site à pied (je marche environ 10 km).. Je visite la résidence d'été de Tipu, toute en bois de teck peinte dans un beau parc à l'anglaise. Visite aussi du mausolée de Tipu, Hyder et sa femme, beau dome, beau parc. Je fais le malin et contourne le mausolée pour y entrer par un autre accès que celui où officie le racketteur de service, à savoir le gardien de chaussures. Ras le bol de leur donner du fric à rien foutre. A l'intérieur trois cercueils à la mode musulmane mais à la sauce indienne: ils sont recouverts de guirlandes de fleurs. Beaucoup de musulmans parmi les visiteurs.

Le soir poulet tandoori et riz aux légumes. Très bon, 160R.

 

Lundi 23 novembre 2010

 

Fatigué ce matin, je traîne. Pourtant j'ai bien dormi, mais je me sens peu tonique. Je vais prendre le petit déj dans la rue mais pas terrible, le café est dégueulasse, je ne le finis pas.

Je vais à l'office du tourisme pour me renseigner sur comment aller à au Temple d'Or situé à Bylakupa, un village de réfugiés tibétains à 60km d'ici (il n'y a pas que Daharamsala qui héberge des Tibétains). Le fonctionnaire, peu zélé comme malheureusement beaucoup de fonctionnaires sur cette planète, me répond nonchalamment et dans un très mauvais anglais que ce n'est pas possible, c'est interdit aux étrangers. Je repars perplexe car Lonely Planet vante la visite. Je décide d'aller dans l'agence principale de la compagnie de bus de l'Etat. Là le type est surpris par ce que je lui dit, puis tente d'appeler au téléphone je ne sais qui, bref, comme le Dalaï Lama est en ce moment en Inde et que ça crée des problèmes diplomatiques avec la Chine (tous les jours les journaux parlent des provocations des chinois et de leur soutien à la guérilla maoïste au Bengale), il est possible qu'il y ait une interdiction temporaire. Il me dit d'aller à la ville tout près et là de me renseigner auprès de la police locale.

Je repars ennuyé, et en route vers le centre ville je croise trois moines tibétains qui font du shopping! Je leur demande s'ils savent s'il y a un problème pour la venue des étrangers chez eux (ils sont effectivement de Sera). Ils disent que non et que je suis le bienvenu, pas de problème, "no nej" (je suppose que c'est ce que ça veut dire).

Bon, demain je tente d'y aller, on verra bien.

Je file en bus (le numéro 201) sur Chamundi Hill, la seule colline à l'horizon au sommet de laquelle trône un beau temple hindou dédié à Chamundi, la mère de Ghanesh et femme de Shiva (si j'ai bien compris). Beaucoup de pèlerins, notamment des groupes de mecs habillés d'un simple tissu marron foncé, une secte importante sans doute car je les rencontre souvent. Les prêtres m'apparaissent comme cyniques, faisant leurs gestes rituels avec détachement mais n'oubliant pas de rappeler de donner un don. Sur une pancarte il est rappelé que le don d'argent, d'or et bijoux ne doit se faire que dans les urnes dédiées...

Beaucoup de gens achètent dehors sur la place des offrandes en nature qu'ils amènent à la déesse (paquets tout prêts composés de noix de coco, fleur de lotus, bananes), je parie que ça irrite quelque peu les prêtres... Ils distribuent cependant gratuitement de l'eau bénite (eh oui) et les gens circulent les mains jointes sur la poitrine, en marmonnant des prières. Ils font une espèce de signe de croix devant la déesse. C'est amusant de voir que toutes les religions se ressemblent dans ce qu'il y a de plus contestable.

Je descends la colline par un escalier de deux kilomètres de long. Vue intéressante, nombreux amoureux sur le parcours. Des gamins me collent aux baskets me demandant des sous, je leur explique qu'en Europe les roupies ne tombent pas du ciel. Ils ont de l'esprit, me répondant qu'en Europe c'est pas des roupies mais des euros (one point!) et alors que je les imite, tendant la main et réclamant 5 roupies, le plus jeune sort un billet de 5 de sa poche et me le tend!!

Je vais ensuite dans un cybercafé où bien sûr j'attrape immédiatement un virus sur ma clé usb malgré la présence de Norton en mémoire. Connexion internet merdique. Je lance quand même Norton pour nettoyer l'ordi et ma clé. Opération réussie, en partant le mec ne m'a pas demandé d'argent (encore heureux, c'est moi qui fait le boulot à sa place), je lui laisse cependant 15R, grand seigneur.

 

Mardi 24 novembre 2010                                Madikeri

 

Visite du temple d'Or de Bylakupa. Pas mal, toit et grandes statues de bouddha et ses réincarnations à la feuille d'or. Beaucoup de moines tibétains en touristes, en fait il n'y a qu'eux et moi comme touristes. Ambiance très cool, reposante. Je comptais rester ici une nuit mais la guest house me refuse, je n'ai pas de "pap", l'autorisation de la police fédérale de séjourner ici. J'avise un panneau qui me fait flipper "c'est une violation de la loi d'entrer dans ce territoire soumis à des lois spéciales sans autorisation des autorités policières, tous contrevenant se verra infliger 5 ans de prison et une forte amende"...

Je décide cependant d'aller manger des momos et boire un jus d'orange frais dans un restau avant de battre en retraite. J'arrive en tuk-tuk à Kushalanagar juste à point pour prendre un bus pour Madikeri, petite ville à 33 km d'ici (2 heures de bus quand même), perché à 1000m dans la chaîne des Ghats Occidentaux.

Végétation super luxuriante, caféiers, daturas, arbres de santal, liserons gigantesques et toutes les fleurs d'intérieur qu'on trouve chez nos fleuristes... L'air est plus frais et humide, c'est agréable.

Madikeri est sympa, tranquille, perché sur plusieurs collines qui dominent tous les environs. L'hôtel que je trouve pour 300R n'est pas terrible, très humide (j'ai du aérer, ce que les employés n'ont pas eu l'idée de faire depuis des semaines). Je mange aussi très mal au restau le soir. Je comptais rester une paire de jours, faire une rando, mais je ne le sens pas, je vais partir dès demain si je trouve un bus pour Thalasseri, sur la côte de Malabar.

 

Mercredi 25 novembre 2010                            Thalasseri

 

Journée épique, crevante mais passionnante. Je me suis lancé dans le off road, à savoir hors des pistes jalonnées par Lonely Planet. Sur la carte, Thalasseri est à 120 km de Madikeri. De bon matin je me présente au bord de la route, à l'endroit d'où partent les bus (la gare routière est fermée pour cause de réfection de la rue qui y mène). Bingo, je vois un car avec écrit dessus Manikeri-Thalasseri. J'y monte. Une demi-heure après au moment de partir le contrôleur du bus me demande où je vais et me dit qu'il ne va plus  à Thalasseri, s'arrête avant, il faudra que je change de bus. Ok. En fait il ne m'a pas dit combien de fois j'allais changer. J'ai changé 4 fois dans des petits villages et j'ai mis 9h pour faire le trajet. Mais les Indiens sont vraiment sympas, à chaque changement ils allaient voir leur collègue pour leur expliquer mon cas. Mais j'ai eu une grande idée, car j'ai passé la journée à sillonner les petites routes des Ghâts Occidentaux à 15km/h de moyenne, dans des routes défoncées, à moitié emportées par les eaux par endroits, dans des bus déglingués, mais dans un paysage magnifique, grandiose. Forêts de teck, entremêlés de bananiers, cocotiers, bambous géants, arbres à fleurs diverses. Ces forêts sont toutes privées et sont en fait des grandes propriétés très bien entretenues qui  exploitent des caféiers au pied des arbres. Caféiers donc à l'ombre des tecks et des santals, puis en arrivant dans le Kerala, théiers sur les collines en pente.

Je suis arrivé à Thalasseri complètement cassé, d'autant que sur la fin le bus était bondé, j'étais coincé par deux gros qui m'écrasaient contre une barre métallique.

La ville est beaucoup plus grande que je m'y attendais, en plus c'est la fête, "un jubilé d'or". Partout depuis qu'on est entrés dans le Kerala on voit des drapeaux communistes, rouges avec faucille et marteau, ainsi que des portraits géants du Che. Le Kerala est gouverné par un gouvernement local communiste depuis de nombreuses années. Je pense que le jubilé à un rapport avec ça.

Sorti de la gare routière, je rêve d'une bonne douche et d'un coca bien frais, mais aussi de voir la mer. Comme il est 5h30, je marche dans la direction supposée du coucher de soleil (le ciel s'est couvert) pour voir la mer et chercher un hôtel par là. J'ai marché, marché, la nuit est venue et je n'ai pas trouvé la mer. Bon, demi-tour, retour à la case départ et aller aux quelques hôtels que j'ai repéré en arrivant avec le bus. J'en ai fait trois, les trois complets pour cause de fête. J'ai marché, marché et finis par tourner en rond puis me perdre. A 8h j'ai décidé de faire appel à un chauffeur de tuk-tuk. OK, il m'emmène à une adresse tout content de la commission qu'il va gagner. Complet. On en fait deux autres, complet. Il m'avertit qu'il va à une dernière adresse et là il y a de la place. Je lui donne plus que demandé pour le remercier car il m'enlève une grosse épine du pied.
Je prends une chambre à 275R, humide et cracra celle-là aussi, mais c'est quand même une chambre. Enfin du repos.

 

Jeudi 26 novembre 2010                                Mahé

 

L'hôtel est bien placé, entre la gare routière et la gare ferroviaire.

Je prends un tuk-tuk pour aller à Mahé, ancienne colonie française faisant maintenant partie du Territoire de Pondicherry (qui se trouve de l'autre côté de la péninsule indienne, sur la mer du Bengale, ce qui ne doit pas être évident à administrer).

Nous faisons 6 km en traversons le pont qui enjambe le "Channel": c'est un petit fleuve que les Anglais nommaient ainsi à l'époque où ils occupaient Thalasseri qui se trouve sur la rive nord tandis que sur la rive sud se trouvaient les Français...

C'est un petit village, 10 km2, pauvre et peu peuplé. Il n'y a pas grand-chose, hormis des dizaines de boutiques d'alcool, car pour survivre le Territoire met très peu de taxes sur l'alcool. Ça a un petit air d’Andorre indien, avec une grand-rue rectiligne et en pente qui sort du village. Le trafic semble se limiter à aller faire le plein de mauvais brandy et repartir à Thalasseri qui elle bouillonne d'activité commerciale. Je me fais déposer sur la plage que j'arpente avec le sourire. Sourire qui se fige quand je comprends que je me promène dans les toilettes publiques locales. Plusieurs mecs accroupis font leur besoin, même pas prêt de l'eau, il y a une forte odeur de merde diffusée par la chaleur que la brise marine ne dissipe pas. Bon je retourne en ville, je prends une belle photo d'une barque de pêcheur qui se dandine à l'ombre d'un arbre géant, tout près d'un grand chien mort qui flotte en se dandinant lui aussi, le tout à quelques mètres d'une infâme décharge sauvage. Bon, je m'envoie rapidement une bière, histoire de profiter du hors taxe (60R les 60cl) et je rentre fissa en bus.

Je me balade dans Thalasseri, vais au fort portugais, assiste un moment à une manifestation sportive inter-écoles sur le stade (les gamins et même une maîtresse viennent discuter avec moi), trouve par hasard le bord de mer avec un marché au poisson très couleur locale. La ville  a un intérêt limité mais réel. Je me paye ensuite un tuk-tuk pour aller voir la belle plage du coin, Muzhappilanpad Beach, à 9km (150 R a/r). C'est une baie ronde, assez grande, avec du sable fin et des cocotiers et plein de coquillages. Pas mal, il n'y a personne, elle semble propre. Une faucille et un marteau trônent bien en vue sur un rocher à demi immergé.

 

Vendredi 27 novembre 2010                           Cochin

 

Personne dans les rues à 9h du matin dans Thalasseri qui est à majorité musulmane: c'est la fête de l'Aïd qui commence. Je veux aller à Kochi (Cochin) et prends donc un bus dans sa direction, vers Khozikode (Calicut). Là je change pour un bus pour Kochi. Le périple va durer toute la journée, encore éreintant, et j'arrive à Kochi (Ernakulam en fait) à 17h30 avec une forte envie d'aller aux toilettes. Malheureusement le soir tombe, la gare routière où on m'a descendu est très éloignée du centre et je suis déshydraté. Je prends un rickshaw qui m'amène à une adresse de Lonely Planet en une demi-heure d'embouteillages. Les prix sont bien plus hauts que décrits sur le guide, mais bon, je n'ai pas le temps d'aller chercher ailleurs, il faut que j'aille sur le trône d'urgence. La chambre est confortable et clean (635R), toute neuve (en service depuis un mois): j'y marche pied nu sans crainte.

Le Kerala m’apparaît comme l'Etat le plus riche et le plus avancé depuis que je suis ici. Moins de détritus jonchent les routes et rues, beaucoup de villas dans les palmiers habités par des autochtones, routes carrossables. On dit souvent que le communisme était une belle idée qui a toujours échoué quand elle a été mise en pratique; on nous cite l'URSS, la Chine, Cuba, l'Albanie, mais on ne nous dit jamais que le Kerala se porte très bien, pourtant il est communiste depuis 1957 (élu réellement démocratiquement il est vrai). C'est l'Etat où l'espérance de vie est la plus forte d'Inde ainsi que son taux d'alphabétisation (>90%). Les paysages sont magnifiques, ce sont les tropiques dans toute leur splendeur, cocotiers, bananiers et rizières entrecoupés de petits fleuves se jetant dans la mer toute proche.

Les hommes portent presque tous le lunghi ici (tissu long autour des hanches). Les femmes sont toujours superbes, d'un type différent du Karnatakka, visages plus ronds, traits plus doux (influence arabe peut-être), visages de madones à la peau couleur café.

 

Samedi 28 novembre 2010

 

Une journée qui en vaut dix. J'ai pris un petit ferry pour aller à Fort-Cochin qui est une île (Kochi est en fait un groupe de plusieurs îles). Je descends au vieux quartier juif de Mattancherry. Les juifs seraient venus ici dès le début de la découverte de l'Inde par Vasco de Gama (il a débarqué à Fort Cochin d'ailleurs et il y est mort). Visite du palais hollandais qui en fait était portugais mais a été modifié par les hollandais quand ils ont chassé les portugais. La synagogue est fermée aujourd'hui (shabbat). Beaucoup de boutiques d'antiquaires de luxe. Je remonte "la rue du bazar"  qui est la rue des grossistes en riz, piments et légumes secs.  Vieilles maisons portugaises colorées et décrépites. J'arrive sur le front de mer où trônent les fameux filets chinois (carrelets en français je crois). Superbe vue. J'erre dans le village, très calme, peu de circulation, peu de monde, que c'est reposant! Il y a même des canaux. Au bout du village, à quelques mètres de la mer, je vois une "rest house" avec "rooms available". J'entre et on me montre une chambre: au moins 30m2, sdb, grand lit, avec terrasse commune donnant sur la mer: 200 roupies (3 euros). Voilà l'endroit idéal pour rester quelques jours tranquille en dépensant peu. Mais je suis engagé à Ernakulam, je reviendrai demain. Visite de la première église bâtie en Inde (en 1500 par Vasco). Visite d'une autre église, Santa Cruz, un type qui est là me demande de quel pays je viens.

- France

- Ah, good people!

C'est fou cette côte qu'on a dans le monde. Je dois répondre vingt fois par jour à cette question, parfois je réponds Espagne, Italie, Suisse, Zimbabwe quand ça me gonfle, mais quand je dis France en général il y a un sourire de sympathie... Je ne peux visiter l'église nestorienne (eh oui il y a encore des chrétiens nestoriens en Inde), fermée, mais à côté je trouve un petit hôtel fort sympathique, quartier calme, chambres avec balcon et tout ce qu'il faut pour 350R. A retenir si l'autre n'est plus libre demain.

Le coucher de soleil est superbe, la promenade de mer est envahie par les musulmans endimanchés de la région pour qui c'est jour de fête. J'assiste au retour de pêche des pêcheurs qui ramènent surtout des Kingfish (on dirait des thons mais ça a le goût de la dorade).. Manoeuvre aussi des filets chinois par quatre hommes minimum. Je me paye ensuite un kingfish d'un kilo à un stand de pêcheurs sur la promenade et vais le faire cuire dans un restau à côté, ce qui me revient à 200R. Repas délicieux arrosé de ma boisson préférée, le lime soda (citron vert pressé mélangé à de l'eau gazeuse). Retour de nuit à Ernakulam en ferry.

Cochin, c'est une Venise tropicale lusithano-batavo-indienne...

 

Dimanche 29 novembre 2010

 

J'ai pris possession de la chambre dans la Gouvernment PWD Rest House: c'est un hôtel pour fonctionnaires mais quand ce n'est pas rempli  ils louent aux touristes. Super bon plan, la chambre est spacieuse, trois lits et c'est propre. On  peut prendre le frais sur la terrasse qui borde la promenade de front de mer. Je suis assez fier d'avoir trouvé ça tout seul. De retour je donnerai le tuyau à Lonely Planet. En plus je prévoyais de faire un break ici et une chambre aussi peu chère et correcte ça tombe vraiment bien.

Je ne fais rien de bien intéressant aujourd'hui, comptant rester une semaine ou deux je veux y aller mollo. Je vais m'acheter un Balzac d'occasion dans un book shop, je retire du fric dans un ATM, je vais boire une Foster puis file repérer LA plage de la région, Cherai Beach à 25 km. 45 mn de bus bondé, puis un rickshaw pour accéder à cette fameuse plage.

Je suis mécontent du chauffeur car il m'a fait payer cher et m'a amené là où tout le monde est rassemblé (hors c'est dimanche et c'est l'Aïd) alors que la plage fait 5 ou 6 km de sable fin en ligne droite. Il ne comprend pas pourquoi je râle, je laisse tomber. J'observe un moment les autochtones qui restent habillés, même les ados, de toutes façons peu se baignent. Je suis le seul étranger dans cette foule et je ne passe pas inaperçu. Retour en bus bondé. Le soir j'assiste un moment à un match de foot opposant l'équipe locale à l'équipe de la marine nationale qui organise des festivités ces temps-ci. Ambiance bonne enfant, c'est la fête, les arbres sont illuminés de guirlandes multicolores.

 

Lundi 30 novembre 2010

 

Je me balade à pied, RAS. Je m'achète une chemise et un pantalon en coton blanc tout simples (si j'avais en plus le calot blanc je ressemblerai à Nehru).

 

 

Mardi 1 décembre 2010

 

J'ai acheté un "tour" pour la journée sur les backwaters (550R). La description était bien plus riche que ce qu'on a fait (beaucoup de temps morts et de parlote). Pas inintéressant cependant. Le guide faisait bien son boulot. Balade en petit bateau style traditionnel, puis en barque autochtone dans les petits canaux, le petit canal devrais-je dire car on a fait le même à l'aller et au retour. Le guide nous a montré diverses plantes (henné, curry (c'est une feuille au goût très poivré), cannelle (très bon pour le cholestérol et le coeur dans la médecine ayurvédique), noix muscade, poivre noir (c'est une plante grimpante). Repas offert, correct. Mais bon, c'est le truc à touriste, on n'a pas vu grand-chose, à part un oiseau kingfisher (bleu, bec pointu rouge). Pour faire quelque chose de mieux il faudrait y mettre le prix.

Le soir restau bidon où je mange une tranche de Kingfish au même prix que l'entier de l'autre jour...

 

Mercredi 2 décembre 2010

 

Aujourd'hui off road. En fait c'est un tuyau de Lonely Planet, mais manifestement ils l'ont fait en tour organisé mais n'ont pas voulu le dire car les infos qu'ils donnent sont fantaisistes. Je veux aller à Parur, 30km au nord d"Ernakulam et à Chennamangalam à côté pour voir la plus vieille synagogue d'Inde. Je vais à pied à la gare routière indiquée par LP, mais ce n'est pas la bonne. Il faut que j'aille à la gare routière où je suis arrivé le premier jour. Je prends un bus pour y aller. Là on me dit qu'il faut que j'attende un bus qui s'arrête le long de la rue. Mais des bus il y en a plein qui s'arrêtent et ils n'ont aucune indication de direction en anglais. Un jeune me dit qu'il m'avertira quand mon bus arrivera, et c'est ce qu'il fait. 45mn de trajet et j'arrive à Parur (ou Pavoor ou Pavore, les villes en Inde ont plusieurs noms et orthographes suivant l'époque où a été écrit le panneau). Là je prends un rickshaw pour Chennamangalam. Mais mon chauffeur est un peu gland. Il ne connaît pas la synagogue, ni le temple hindou en haut de la colline. Bon on verra bien, file. Arrivé dans le village il demande, on lui indique, et il m'emmène à un débarcadère pour passer une rivière. Je lui dis que non, c'est pas ça. Il va se renseigner, et à côté de la boutique où il se renseigne je vois un panneau: synagogue, à droite. Je lui dis et on file à la synagogue. C'est la plus vieille connue en Inde (1600), malheureusement elle est "trop bien" restaurée et plus en service (les derniers juifs sont partis en Israël en 1972), on a du mal à croire qu'elle est aussi vieille. Je demande au gardien de la synagogue d'indiquer à mon chauffeur où se trouve le temple hindou en haut de la colline, ce qu'il fait en lui parlant en malayalam. On repart et il m'amène à nouveau au débarcadère. Heureusement j'ai cru comprendre ce qu'a dit le gardien grâce aux gestes. Je dis au conducteur de revenir en arrière et de tourner à la première à gauche. On grimpe la colline et on arrive à un vieux temple malheureusement fermé. Sur le retour on s'arrête voir une église catholique (il y en a beaucoup dans la région de Cochin), mais elle est toute proche d'une école. Mon arrivée perturbe ces chers bambins qui sortent des classes et me suivent jusque dans l'église pour me parler un peu anglais (where are you from, what's your name,  je m'appelle toujours "George" dans ces cas là). Je ne sais pas ce que fout la maîtresse mais elle n’assure pas...

Le chauffeur sympa (mais grâce à moi il connaît mieux la région) me fait payer un prix très correct (100R) et me met dans un bus en direction d'Ernakulam. En fait nous sommes tout près de l'île de Vypeen et c'est par là qu'il va rentrer en passant par Cherai, ce qui me décide à revenir dans le coin en louant un scoot, car il y a plein de choses à voir, dont un lagon avec une vingtaine de filets chinois.

Le bus me laisse à "High Court", au début d'une promenade sympa qui longe le fleuve jusqu'à la jetée du ferry pour Fort Cochin. Alors que je déguste un ananas saupoudré de piment rouge (ici ils aiment manger les fruits avec du piment et du sel: ananas, papaye, concombre et autres), un gars me tapote l'épaule: c'est un serveur du Excel Bar où je vais boire une bière une fois par jour. Il guide des hollandais et se fait chier, alors il fume une clope en discutant avec moi.

C'est marrant car je suis là depuis 5 jours et les gens me reconnaissent: ce matin un cul-de-jatte à qui j'ai donné 10R il y a trois jours a tenu à me serrer la main et discuter un peu. Les marchands de rue ne cherchent plus à me vendre, je suis le français qui n'achète rien et les chauffeurs de rickshaw ne m'appellent plus car je suis celui qui marche tout le temps.

J'achète un nouveau petit sac à dos (670R), celui acheté à Mumbai est en fin de vie.

Retour à la nuit tombée à Fort Kochin où je mange un bon porc shop suey avec riz aux légumes dans un restau tenu par des chinois ou indonésiens.

 

Jeudi 3 décembre 2010

 

J'ai parlé trop vite, aujourd'hui plusieurs rickshaws me mettent la pression, comme quoi ils n'ont plus d'argent pour mettre de l'essence alors que moi je marche. Il semble que la crise dure, il y a peu de touristes et la plupart font comme moi, ils surveillent leur porte-monnaie. Pourtant la haute saison a débuté.

Le gars de la Resthouse m'a indiqué une balade à faire d'une heure pour voir un quartier de pêcheurs "très intéressant". C'est 11h, je me dis que j'irai vers le soir, mais il insiste, bon, j'y vais maintenant. Balade tranquille en longeant une grande base militaire. En route je tombe sur "le centre de pèlerinage de la sainte face": un brave paysan du coin aurait vu apparaître sur le ventre de la statue du Christ en croix du coin, le visage du Christ, le même que celui du suaire de Turin et ce à plusieurs reprises, des témoins en font foi!!  Incroyable. Je m'approche du fameux Christ et je le vois aussi le visage. Le jeu d'ombres et de lumières sur l'abdomen de la statue n'est pas un hasard, le sculpteur avait des consignes! Lamentable.

Je trouve bientôt le quartier des pêcheurs, une petite crique sale avec des bateaux qui ressemblent à des gondoles, mais bien sûr pas de pêcheurs, ils sont en mer ou font la sieste (il est midi). Les femmes du quartier sont cependant accueillantes et gaies.

Retour à pied pour retrouver un chauffeur d’ rickshaw qui m'a fait le baratin et qui brade la course vers le Hill Palace à 200R (je sais que c'est moins de la moitié du prix normal, car le palais est à 20km d'ici et il me fait l'attente et le retour!). En attendant j'achète quelques gambas que je fais griller chez Maxim's (restau totalement bidon par ailleurs), puis ne voyant pas mon chauffeur, j'annonce à un groupe de chauffeurs qui fait le pied de grue que je cherche un chauffeur pour le Hill Palace à 200R. Hauts cris, je crains même me faire casser la figure par une paire de chauffeurs irrités, mais il y en a un qui dit OK. Une heure de route pour voir un palais médiocre en cours de réfection, pas grand chose à voir. En plus ils m'ont fait payer un supplément pour les photos, mais en fait ce n'est que pour photographier les extérieurs. Bravo! Du coup je prends quelques photos sans intérêt à l'intérieur...

Au retour le chauffeur me sort le grand jeu, qu'il m'a fait la course à perte, que ci que ça. Il veut que je visite un magasin pour qu'il gagne une commission. Vieille combine, je suis sympa, ok. Je fais le clown cinq minutes dans un super magasin de luxe, bijoux, tapis, soierie et sculptures en santal et ivoire. Une fois parti il me refait le baratin. Je me mets en colère, une fois ça va, deux fois c'est trop. Je finis par céder en arrivant à Cochin mais je l'avertis que j'entre et je sors aussi sec, ce que je fais.

Une fois seul je vais me faire raser (au coupe-chou) puis je vais dans un nouveau bar pour boire une bière, mais c'est servi sous le manteau (dans une théière), 50% plus cher (alors qu'ils ne payent pas de licence ni de taxe) que dans mon bar préféré. Je retourne donc à celui-ci. Je retourne aussi au restau chinois qui a un bon rapport qualité prix.

Arrhh, pas évident de garder le plus longtemps possibles ses précieuses roupies!

 

Vendredi 4 décembre 2010

 

Je prends un petit déjeuner au Vasco Restaurant en attendant que le Vasco location ouvre pour louer un scooter pour aller à Cherai Beach. En fait je mange mal, le thé facturé au prix fort est un vrai jus de chaussette, ce qui me fait changer d'avis: j'irai à la plage en bus. Arrivé au ferry je me félicite de ma décision car il y a au moins 50 scooter qui font la queue pour monter, il faudra au moins trois voyages pour les faire passer. Descendu du bus je vais à pied voir le lagon aux vingt filets chinois que j'avais repéré il y a deux jours. Je file ensuite sur la plage, je loue une chaise de plage avec parasol, je me baigne 5 mn et la pluie commence à tomber. Je me réfugie au bar d'à côté, puis le soleil revient, je vais m'asseoir sur un rocher une paire d'heures mais je ne me baigne plus. Par contre je mange un bon calamar aux feuilles de curry avec riz aux légumes.

Beau coucher de soleil sur les filets chinois de Vypeen, de l'autre côté du channel au nord de Fort Cochin.

De retour à ma chambre je décide de ne plus ressortir pour manger, j'ai des bananes, des oranges et des biscuits à l'ananas, ça ira.

 

Samedi 5 décembre 2010

 

Aujourd'hui j'ai décidé de me payer un bon petit déj. Direction l'hôtel 3 étoiles Old Courtyard, 200 euro la chambre la moins chère (je rappelle que je dors moi pour 3 euros).Très bon buffet de nourriture indienne à volonté, je mange au bord de la piscine, tout ça pour 200 roupies. C'est tout juste le double d'un restau bas de gamme pour touristes ou 4 fois le restau autochtone, la qualité et le cadre en plus: pourquoi s'en priver...

Je fais la lessive dans ma douche puis je file à Ernakulam, "à la ville" pour m'acheter un pantalon, le léger en lin que je porte est mourrant. Je trouve un pantalon à 570R (tiens, le même prix que le sac à dos que j'ai acheté dans la même rue), je crois comprendre que la retouche pour l'ourlet me fera 40R, je me rends chez le tailleur qui me fait l'ourlet mais il ne veut pas mon argent?! Je n'ai pas tout compris mais c'est une bonne nouvelle. Je marche pas mal au hasard puis décide de faire une balade en bateau dans la baie, balade pour touristes locaux à 50R. Je suis avec trois familles, rien d'exceptionnel mais reposant. Par contre l'eau est très polluée, ça pue le pétrole par endroits, et j'assiste même en direct au dégazage d'un cargo qui recrache des trombes de liquide noir à 500 mètres des filets de pêche chinois, juste devant le poste des gardes-côtes..

Au retour à Fort Cochin je me décide à abandonner lâchement Shantaram à une  bouquiniste dure en affaires pour 100 roupies, une misère, mais il prend trop de place et de poids dans le sac, mieux vaut m'en débarrasser.

 

Dimanche 6 décembre 2010

 

RAS. Une balade sur l'île voisine de Wellingdon, installé sur une petite promenade tranquille  j'attaque Balzac. L'île est déserte en ce dimanche, il faut dire qu'il n'y a pas grand chose: base  militaire, dépôt d'hydrocarbures et résidences haut de gamme.

 

Lundi 7 décembre 2010                                 Munnar

 

Je suis parti de la resthouse en même temps qu'un anglais Dean qui était là depuis 4 jours et que je n'avais pas vu. Je prends le bus pour Munnar, à 150km dans la montagne. Ça tourne et vire, les femmes sont malades et je dois laisser ma place au fond du car pour qu'elles puissent vomir sans arroser tout le monde.

Superbes paysages en arrivant à Munnar: on est à mille mètres, les montagnes sont rondes et couvertes entièrement de théiers et de très grands arbres.

Je trouve après quelques essais infructueux une chambre à 400R pas trop mal. Je pars découvrir le coin à pied nonobstant la hargne des rickshaws. Je me retrouve bientôt au milieu d’une chouette paysage vallonné, des théiers d'un joli vert tendre à perte de vue. Ça me rappelle Yuanyang au Yunnan, les rizières étant remplacées par les théiers...

 

Mardi 8 décembre 2010

 

Je pars sur les conseils de LP pour une marche vers une cascade. En fait je me trompe de chemin, mais ce n'est pas grave, la marche est super: champs de théiers, forêts d'eucalyptus et de tecks, champs de cardamome. Ça s'appelle "Bison Valley", c'est jalonné de riches demeures et de Resorts classes, j'ai rencontré pas mal d'autochtones agréablement surpris de voir un blanc autrement que dans un taxi...

Au bout de 3 heures de marche je prends un bus pour un village proche, puis un autre pour la cascade que j'ai raté. Marche encore de 2 heures aller et retour, la cascade ne vaut pas vraiment le détour mais le chemin qui y accède oui. Je discute avec des cueilleuses de thé, toujours des femmes et toujours gaies. Au retour elles me font de grands signes mais le contremaître veille et les engueule, il me regarde d'un regard noir, avec sa serpette à la main: je perturbe ces dames. J'ai marché 5 heures aujourd'hui et j'avoue que ça fait du bien.

Bonne bière fraîche arrivé à l'hôtel où je rencontre des canadiens-irlandais-anglais.

 

Mercredi 9 décembre 2010

 

Je veux prendre un bus pour aller à "Top Station", un point de vue en haut de la montagne à environ 2600m. Mais grève des bus ce matin. Bon, je prends un rickshaw, ça grève un peu mon budget (500R) mais en fait c'est mieux car je peux mieux apprécier le paysage et en plus on s'arrête en plusieurs endroits d'intérêt. Il est 8 heures, il fait presque froid mais la lumière est belle, elle fait briller les feuilles vernissées des théiers et d'autres arbres. Paysages superbes. Arrêts à deux barrages, un jardin de fleurs, un lac avec écho, une forêt d'eucalyptus géants et enfin la vue panoramique sur les montagnes alentour, assez bref car les nuages montent de la vallée et bouchent bientôt la vue.

Au retour en début d'après-midi je visite le musée du thé, une ancienne usine de thé du groupe Tata (le plus gros producteur de thé du coin). Intéressant malgré mes difficultés à comprendre les explications en anglais. Bon poulet au poivre noir au SN restaurant.

 

Jeudi 10 décembre 2010

 

Réveil un peu difficile, je traîne avant de partir me renseigner auprès de l'Office des Forêts pour séjourner dans la réserve de Chinnar. OK, j'ai réservé une nuit dans une "house-tree" avec trek de trois heures inclus. Mais mon anglais est tellement mauvais que je n'ai pas tout compris, notamment quand aura lieu le trek. Mais bon j'ai rendez-vous demain à 2h à l'entrée du parc.

Balade à pied de 2h dans les champs de thé du côté de ma guest house. Chouettes paysages, mais ça devient une banalité de le dire. Je suis tout seul dans ces collines d'un vert tendre, agrémentées d'arbres aux belles fleurs rouges (des flamboyants), je croise de temps en temps des femmes qui portent leur récolte de feuilles sur la tête, toujours tout sourire, ou des travailleurs qui traitent les théiers (tout sourire également).

Je vais lire un peu de Balzac dans le parc Hydel, un parc floral qui n'a plu l'élégance qu'il devait avoir à l'époque des anglais, mais sympa quand même, cool, je me fais même draguer par une employée chargée de l'entretien des plantations...

Est-ce pour ça ou non, toujours est-il que je file chez le coiffeur me faire raser et tondre le crâne (réglage n°1 sur la tondeuse).

Ensuite je me paie une fantaisie, un massage ayurvédique d'une heure à 900R. Bof, sympa, mais rien de transcendant. Le masseur me fait un compliment, il ne veut pas croire que j'ai 56 ans. Je rentre à l'hôtel prendre une bonne douche chaude pour éliminer la couche d'huile odorante que j'ai de partout.

Le patron de l'hôtel m'a à la bonne, quand je reviendrai de Chinnar il me donnera une meilleure chambre pour le même prix...

 

Vendredi 11 décembre 2010

 

Journée exceptionnelle.

Je pars tôt pour Chinnar, 8h. Belle route de montagne entre Munnar et la réserve de Chinnar. J'aperçois le mont le plus haut d'Inde du sud, le mont Anamudi (2695m), une espèce de gros caillou tout rond.

Arrivé vers midi, les "rangers" m'expliquent le topo: pour 1000 roupies (100 balles!) je vais faire un trek à 14h, puis repas et dodo dans une cabane dans les arbres, puis à nouveau trek demain matin.

Un guide dégingandé qui ressemble plus à un Ethiopien qu'à un Indien arrive à 14h et m`emmène dans la montagne. Malgré ses tongs il marche vite et silencieusement. Le paysage est du genre savane, beaucoup d'arbres mais clairsemés. La première heure on marche à la recherche des éléphants, mon guide scrute les collines alentour et observe les traces de pas et les crottes sur le chemin. Bientôt il m'indique avec son bâton des éléphants sur la colline d'en face. On y va. On verra d'autres groupes au loin mais on va s'approcher à pas de loup jusqu'à 20-30 mètres d'une mère et de son petit. Impressionnant. Je suis passablement rassuré, d`autant que le guide m'a dit que l'an dernier 2 américains se sont faits charger et ont morflé. Nous les suivons pendant une demi-heure, car ils se déplacent en permanence tout en mangeant des feuilles d'arbustes. Minutes inoubliables.

Au retour nous rencontrons un sanglier et son marcassin, au loin des daims, des buffles sauvages.

Je laisse mon gros sac au poste de garde et je suis Vijayan (c'est le nom de mon guide) le long d`une rivière qui fait frontière avec le Tamil Nadu. A la tombée de la nuit nous arrivons à la fameuse treehouse perchée à 15 mètres dans un arbre. Vijayan prépare un feu de camp, nous fait du thé, met de l'ordre dans la treehouse, puis réchauffe notre pique-nique du soir (sempiternel mais succulent curry et porothas (galettes de farine feuilletées)). Il ne veut pas manger avec moi et attend que j’aie fini pour manger lui-même. Tout ça fait un peu colonial, je devine une pratique créée il y a longtemps par les anglais.

Alors que je lui demande s`il y a des crocodiles dans le coin, il braque sa torche vers l'autre rive de la rivière, à 50m, et je vois quatre yeux briller au raz de l'eau: deux crocodiles, d'un mètre de long me dit-il, inoffensifs...

Beaucoup de lucioles géantes aussi volettent autour de nous.

Je ne dormirai pas beaucoup, trop excité, mais la nuit est étrangement calme, j'entends surtout le bruit du cours d'eau.

 

Samedi 12 décembre 2010

 

Levés à 6 heures, nous buvons un thé brûlant puis partons pour une nouvelle balade.

Elle sera moins intéressante et le guide l'écourtera d'une heure (théoriquement c'était 3h), mais on ne verra jamais mieux que hier. Nous voyons quelques éléphants à une centaine de mètres, puis retournons au poste de garde.

Je donnerai un pourboire de 100R à Vijayan car il l'a bien mérité.

Retour à Munnar dans la même guest house, le patron m'avait promis une belle chambre pour le même prix, mais quand j'arrive il ne reste plus que celle près de la réception, bruyante et très humide, mais je la prends quand même.

Repas du soir: riz frit aux légumes et poulet 65 (petits morceaux de poulet mariné, pané et frit). Et black tea, bien sûr.

 

Dimanche 13 décembre 2010                         Kumily

 

Je pars à 9 heures de l'hôtel pour attraper un bus pour Kumily près de ma réserve de Periyar. Horaire très vague: si le patron de l'hôtel m'a dit que le bus partait à 10h30, d'autres m'ont indiqué 7h30 (un flic qui m'a donné un bonbon quand je lui ai dit être français), 9h30, 11h, 11h30 et 11h40. C'est le dernier en qui j'avais le moins confiance (un chauffeur de taxi qui me proposait de m'emmener pour aller plus vite) qui disait vrai. Grande animation dans la ville car c'est le week-end et en plus il semble que les communistes fêtent quelque anniversaire; beaucoup de monde habillés en rouge vif, drapeaux rouges, jeep qui sillonnent les rues pleines de militants. Les hindouistes ne sont pas en reste, ils fêtent aussi quelque chose sans doute car un camion avec une sono à fond fait un speech dans les rues, accompagné par une procession de fidèles qui récoltent des dons en argent sonnant et trébuchant.

Belle route de montagne, mais il fait froid (pas de vitres dans les bus) et la pluie menace. Le voyage est éreintant (4h secoué comme un prunier). Quand j'arrive je me laisse embarquer par un rabatteur qui se dit guide vers une guest house "pas chère" (j'ai pourtant deux adresses mais je suis fatigué). Il m'emmène à une guest house toute neuve, pas bien située (en ville, pas de vue) mais propre, je prends (400 roupies, chambre double). Le proprio ne s'intéresse pas à moi, il fait la fête (mariage de sa fille). Je me balade dans la ville pour me repérer, mange un riz Byriani au fromage puis assiste à un spectacle offert par l'office de tourisme de la ville. Amateur mais c'est sympa. Kumily ne me plait guère, 100% touristique, mais je vais essayer de faire un trek demain si le temps le permet (on a eu de la pluie dans la soirée). En rentrant à la guest house un type que je prends pour le proprio me fait remplir les formalités habituelles, et une fois fini il insiste à me dire "tip, tip"  en faisant le geste de boire, que je crois comprendre en "tea, tea". Je lui dis non, merci, demain peut-être...

 

Lundi 14 décembre 2010

 

Je me tâte en me levant savoir si je reste là ou si je vais à une guest house dont j'ai les coordonnées. Mais il est 7h et des bruits de bricolage sur la tuyauterie sévissent pendant un quart d'heure, puis je vois le type d'hier soir qui tourne autour de  ma fenêtre et finit par l'ouvrir de l'extérieur! Je lui demande qu'est-ce qu'il fiche, il me répond "c'est pour aérer". Ok. Je fais mon sac et m'en vais. En partant je le croise, il n'était pas loin, et il me refait le coup d'hier "tip, tip". En fait c'est un employé pas très clair et il veut un pourboire ce con. Je l'envoie balader. Je décide d'aller à une guest house conseillée par le proprio de Munnar. Elle n'est pas à Kumily, mais à Tekkady, dans la réserve, si j'en crois la carte de visite. Un rickshaw me prend 30 roupies pour y aller (c'est à dire le prix pour 3 km). Et s'arrête un kilomètre plus loin, toujours à Kumily, devant une guest house en pleins travaux. Mauvais plan. Je passe devant le proprio qui me faisait un large sourire et file à 30m vers une autre guest house dont on m'a dit du bien (les guest houses s'enfilent les unes contre les autres dans cette rue). Comme je m'avance vers l'entrée en retrait de la rue, une femme m'intercepte. "Harita Guest house?, je lui demande. "Oui, oui". Je la suis dans une chambre très bien, grand lit double, balcon, balancelle, transats, vue sur la jungle. 400 roupies en plus! Une fois seul je regarde le porte-clef de la clef de la chambre: Periyar View Guest house: c'est un concurrent de celle où je voulais aller!

Voilà un échantillon de l'ambiance dans la ville. Les professionnels du tourisme entretiennent un flou pour empêcher le touriste de se débrouiller tout seul (office du tourisme compris), les cartes sont  fausses,  les distances surévaluées, Tekkady et Kumily sont assimilés au même lieu et les chauffeurs de rickshaw ont l'air de se serrer les coudes.

Je vais pour m'inscrire à un trek de 9h dans la montagne pour demain. Raté, c'est complet. Bon, je traîne sur mon balcon puis vais à 14h à l'entrée de la réserve pour faire une balade de 3h sans réservation. Comme je suis le seul, il me faut payer le guide comme tout un groupe! Non, merci. Bon, je décide de partir tout seul dans la réserve ("la Réserve sauvage du Tigre" où il y aurait 1000 éléphants, des tigres, léopards, écureuils volants, cobras et 323 sortes d'oiseaux), mais il faut payer l'entrée 300R, c'est cher pour l'Inde. Soit, je paie et j'y vais. En fait je vais faire 6km sur la route, dans une forêt certes (tek, santal et autres), mais rien à voir de spécial (il est interdit de sortir de la route, trespassers would be prosecuted). Cher pour ce que c'est. Théoriquement ça mène à un embarcadère où on peut faire une balade en bateau sur le lac tout proche, voir la faune et la flore. Mais un des bateaux a coulé il y a deux mois, faisant une cinquantaine de morts (je l'avais lu dans le journal à Goa), et tout est interrompu. Heureusement il y a un petit musée à l'abandon qui expose des animaux de la réserve empaillés ou dans le formol, pas inintéressant.

Le soir je m'offre un spectacle de démonstration de Kalaripayattu, l'ancêtre du Kung-Fu (200R). Quand j'achète le billet il n'y a plus de place, mais les jeunes qui tiennent les lieux sont sympas, ils rajoutent une chaise aux premières loges pour moi. Et retour à ma guest house qui est vraiment super.

 

Mardi 15 décembre 2010

 

La perfection n'existe pas, la guest house est super sauf le lit (draps et couvertures trop petits, donc vite en tire-bouchon. J'ai du mal à dormir, en fait je ne dormirai que 4 heures. Journée grise et fraîche, j'ai mal aux articulations, bref, mauvaise journée, je décide de ne rien faire et me reposer.

Excellent petit déj dans un hôtel fréquenté que par les indiens, beaucoup de pèlerins qui vont à un temple important à une cinquantaine de kilomètres de là, mais je n'arrive pas à comprendre si les non hindous peuvent y entrer. J'abandonne l'idée d'y aller.

Achat d'une carte de 8Go pour l'appareil photo, ça me durera au moins 2 mois (j'ai déjà rempli 4 cartes de 2Go en photos et vidéos). Petite sieste l'après-midi. Le soir spectacle de Kathakali: deux acteurs extraordinairement maquillés et habillés jouent une histoire de la mythologie indienne sans paroles mais avec des gestes et des mimiques sophistiquées accompagnés d'un  rythme de tablas. Je suis encore au premier rang bien qu'ayant acheté mon ticket juste au début de la représentation...

Les gens viennent à Kumily pour faire des treks et des safaris en jeep, moi je suis allé au spectacle.

 

Mercredi 16 décembre 2010

 

Matin très maussade, brouillard épais, température en baisse, il a plu pendant la nuit. Mes rhumatismes se réveillent, il est temps de changer d'endroit. Je prends un bus qui m'emmène à Kottayam en 3 heures. Le chauffeur conduit assez mal, prend beaucoup de risques (doublage en côte sans visibilité) et ce n'est pas la vue d'un bus qui était en train d'être tiré d'un précipice avec des palans qui l'a refroidi (comme toujours ici c'est le grand bricolage: des piquets ont été plantés sur le bord de route et des mecs avec des palans tirent le bus à la main, un bus de pèlerins hindous qui revenaient du temple qui m'intéressait qui s'est scratché il y a 3 jours).

Arrivé à Kottayam j'attends 2 heures pour prendre un bateau qui va m'amener à Alleppey après une virée superbe dans les canaux des backwaters. 11 roupies le voyage de deux heures et demi, avec les autochtones qui montent et descendent, les enfants qui rentrent de l'école, bref super, vingt fois mieux que le tour que j'avais acheté 550 roupies à Cochin. J'accompagne à son hôtel une jeune italo-anglaise qui souffre d'une sciatique et galère avec sa valise et trouve un hôtel folklo tout en paille comme la maison d'un des trois cochons (400R). C'est encore la fête ici, beaucoup de monde dans les rues, fête foraine en cours d'installation, feu d'artifice: c'est incroyable, il ne passe pas une semaine sans que je tombe sur un jour férié ou une fête locale. Je me rappelle ce que disait cette face de carême de Fillon qui prétendait que la France était le pays qui avait le plus de jours chômés, il ferait bien de sortir car l'Inde nous bat à plate couture. J'ai même lu dans un journal que l'état du Kerala exigeait de l'état du Tamil Nadu qu'il accorde un certain jour férié aux enseignants des régions proches du Kerala où il y a un parler "malayalam" car c'est férié au Kerala et que le Kerala a accordé une faveur similaire aux gens originaires du Tamil Nadu...

Alleppey me surprend agréablement, je comptais m'arrêter juste une nuit, mais je vais prolonger.

 

Jeudi 17 décembre 2010                                Alleypey

 

Pas très bien dormi, je me lève avec mal au ventre. Je bois une bière à jeun pour tuer les microbes (?!?). Je file à pied à la plage, 3km. Je vois qu'il y a des hôtels de bord de mer, dont une vieille demeure en bois avec un superbe jardin. J'entre demander le prix. Le petit vieux qui est en propriétaire semble galérer question fric, il me brade une chambre superbe à 500 roupies, vue sur la mer, meubles d'antiquaires, sdb, tv. Ok, je reviens avant midi avec mon sac. Mais le retour va pondérer mon enthousiasme: nous sommes en dehors de la ville, je ne croiserai qu'un rickshaw qui fait exploser les prix (2,5R le km, quand c'est affiché dans l’ rickshaw même 0,40). Il ne veut pas baisser, je file à pied. Il va me devancer et  m'attendre 3 fois, mais à chaque fois je baisse ma proposition puisque j'ai marché. Je vais finir par trouver un rickshaw à un km du but qui se contente de doubler le tarif. Cette histoire de rickshaws va renchérir sacrément la chambre, je décide de voir une adresse qu'un américain m'a vantée hier. Arrivé devant l'hôtel je n'ai pas le coup de foudre et fais demi-tour quand un mec à moto me propose son adresse à 20m. Harita Residency, 300R, balcon, sdb, tv, clean et vue imprenable sur le temple hindou  qui jouxte la guest house. Très bonne affaire d'autant que le quartier est tranquille et qu'il n'y a que deux chambres, l'autre étant inoccupée. Je vais chercher mon sac. La maison des petits cochons est rigolote mais pas confortable et en cas d'incendie je n’aurais même pas le temps d'atteindre l'escalier.

Je pars ensuite me balader à la recherche du cimetière de bateaux que j'ai entr'aperçu hier soir en arrivant. Je trouve l'endroit, très poétique, petit canal encombré d'épaves multicolores envahies par les lianes et les jacinthes d'eau. Mais je me traîne, j'ai mal à la tête (le ventre c'est mieux). Je rentre à ma chambre pour m'apercevoir que j'ai 40° de fièvre. Je ne sais pas ce que j'ai attrapé, mais pour l'instant douche froide, paracétamol et au lit. Wait and see.

 

Vendredi 18 décembre 2010

 

Assez bien dormi. La fièvre est tombée à 38 mais j'ai mal de partout. Je vais rester tranquille toute la journée. Balade le soir en ville, c'est la fête pour une semaine ici, à la fois Noël et une fête d'un temple hindou. Beaucoup de monde, un Luna Park bien achalandé, les bijoutiers qui font le plein, les vendeurs de babioles sur les trottoirs: perles pour faire des colliers, jouets en plastique pour les enfants, tampons pour imprimer les tatouages, décorations de Noël (j'ai acheté un bonnet de Père Noël), cacahuètes grillées au poivre noir, tranches de pastèque etc. Je n'ai plus de fièvre ce soir. Etrange, ça aura duré 24h... Depuis hier  je n'ai mangé que des bananes et un plumcake de Noël.

 

Samedi 19 décembre 2010

 

Je vais explorer la plage de Marari à 10km au nord d'Alleppey (8R en bus). Esthétiquement belle, frangée de cocotiers, des barques de pêcheurs (catholiques, vus les fanions avec la vierge imprimée dessus) échouées sur le sable blond, malheureusement son eau n'est pas limpide et les pêcheurs l'utilisent comme toilettes publiques. Dommage. Je prends ensuite mon premier repas depuis deux jours, mais j'ai trop commandé et ai du mal à digérer, je ne mange pas le soir (il me reste du plumcake et des bananes).

 

 

Dimanche 20 décembre 2010                         Kollam

 

Départ tôt le matin pour Kollam à 100km au sud. Tous les touristes font le trajet en bateau (8h), mais les rabatteurs m'ont gonflé, j'ai choisi le bus (trajet 2h).

A l'arrivée je prends un rickshaw pour une adresse de Lonely Planet, une Gouvernement Resthouse pas chère, mauvais plan, elle est en pleine restauration (elle méritera d'y revenir car le bâtiment colonial est chouette), seul "available" l'annexe sans charme. Je repars à pied (je suis en dehors de la ville) et je vais à une autre adresse de LP. Rebelote, cette fois-ci la rénovation est terminée et les prix ont suivi: ça démarre à 800R. Un "guide gouvernemental" me propose une adresse à 5km de là, à Kollam Beach pour 400R. OK. Il téléphone à un rickshaw qui vient me chercher et m'emmène.  Excellente affaire: je suis en bord de mer, quartier peu  animé, dans un hôtel touristique 2 étoiles VIDE. Je suis le seul client, une paix royale. Le nom de l'hôtel? Kollam Beach Retreat. Il porte bien son nom. J'y mange un masala dosa succulent avant de partir explorer la ville. Dommage, c'est dimanche, le vieux bazar qui aurait connu les romains est désert, boutiques fermées. Je décide de me payer un tour en barque sur l'île voisine de Munroe (proposé par l'office du tourisme).

3 heures de balade dans les petits canaux de l'île, joli paysage, ça vaut ses 400R. Je mange seul dans le restau de l'hôtel, le repas est préparé ailleurs et apporté à ma demande...

Je regarde les infos à la tv pour apprendre que la hausse des prix des denrées alimentaires de 20% ce mois-ci en Inde n'est non pas du à la politique du gouvernement mais au réchauffement climatique. Le sommet raté de Copenhague aura au moins servi à quelque chose : donner des idées aux gouvernants!

 

Lundi 21 décembre 2010

 

Grève illimitée des taxis et rickshaws pour protester contre la vie chère, demande de révision des tarifs (ils ne se gênent pourtant pas pour réviser leurs tarifs avec les touristes). Balade sur la plage. L'eau est cette fois limpide, mais je croise toujours des mecs qui font leur besoin les couilles à l'air et qui veulent en plus entamer une discussion!

J'arrive près d'un important groupe de pêcheurs qui tirent sur la plage des filets que certains d'entre eux posent avec leur barque pas loin du bord. Maigre récolte, plusieurs me demandent de l'argent pour manger, je file pas fier, les temps ont l'air d'être durs pour eux, malgré le communisme et malgré le fait d'être dans une zone hautement touristique. De touristes point d'ailleurs, la plage est déserte hormis les pêcheurs,  je rentre à l'hôtel bidouiller toute l'après-midi sur mon notebook, installé sur la terrasse de toit, au grand air car il y a pas mal de vent.

Le soir je vais en ville à pied (2km) manger un succulent poulet au barbecue dans une gargote arabe, puis rentre toujours à pied en traversant le village de pêcheurs, presque enchanteur maintenant, éclairé juste par quelques ampoules et le lampion de Noël en forme d'étoile sur le pas de porte (ils sont tous chrétiens).

 

Mardi 22 décembre 2010                                Varkala

 

La grève des tuk-tuks continue, c'est un employé de l'hôtel qui m'emmène à la gare sur sa moto.

Une demi-heure de trajet et j'arrive à Varkala City. Un chauffeur de tuk-tuk (ils ne font plus grève ici) m'aborde et compte m'emmener à une adresse où il aura une commission, mais je reste ferme, je lui demande de me déposer au nord de la falaise de Varkala Beach et de partir. J'attaque la recherche de guest house mais pas longtemps, un couple d'allemands me conseille la leur, à deux pas. Ok, 500R, chambre spacieuse avec balcon donnant sur jardin, à l'écart du passage. Varkala Beach m'enchante immédiatement, c'est un bord de falaise où s'alignent restaus et boutiques sur une paire de kilomètres, avec deux plages en bas. Ça me rappelle Dahab au bord de la Mer Rouge, même genre de station balnéaire créée par les hippies et maintenant très embourgeoisée, mais gardant quelques caractéristiques conviviales (terrasses face au soleil couchant, musique reggae et rock, essais de décorations originales, boutiques d'échange de livres, bières et cocktails partout).

Je m'offre un poisson au barbecue, j'insiste pour qu'ils ne mettent aucune sauce comme ils font d'habitude, je le veux nature: raté, ils l'ont cuit dans une feuille de bananier. Goûteux, mais ce n'est pas ce que j'espérais (220R).

 

Mercredi 23 décembre 2010

 

RAS. Plage, restau. Les vacances quoi.

 

Jeudi 24 décembre 2010

 

RAS. Plage.

Les commerçants ont sorti la déco de Noël, ils ne disent plus Good Afternoon mais Merry Christmas, certains ont même installé une crèche, des gamins déguisés en pères noël chantant Happy Christmas sur l'air d'Hare Krishna quémandent quelques bonbons ou roupies. Tout ça sonne faux, c'est pour plaire au touriste, mais je ne suis pas sûr que ça fonctionne.

Le soir je m'offre 6 gambas exceptionnellement bien grillées au barbecue, sans sauce. 1,50 pièce, pourquoi s'en priver. Ces Indiens sont étranges, ils sont accros à l'argent, nous harcèle tout le temps pour qu'on entre dans leur magasin ou leur restau, mais quand on est entré ils deviennent incompétents: on doit en moyenne attendre 20 à 30 mn entre la commande et le service du repas, mais ça ne leur vient pas à l'idée de proposer un en-cas en attendant, de facturer un petit quelque chose puisqu'on est là à attendre bêtement. Plus fort, au moment de l'addition ils se trompent souvent, en leur défaveur (hier ils ont oublié un cocktail que j'avais pris avant le repas ('sex on the beach', ne pas rire), aujourd'hui c'est carrément 2 bières et un "vegetable cutlet (très bon d'ailleurs) que le serveur oubliait (j'étais le seul client en plus). Pour les pourboires, je n'ai toujours pas compris, ils ne montrent aucune satisfaction si on en laisse, ni rancune si on n'en laisse pas, aussi je ne laisse plus que 10 ou 20 roupies dans les restaus si la note dépasse 200R.

Noël, noël....

 

Vendredi 25 décembre 2010                           Trivandrum

 

Je décide de lever l'ancre. Je m'approche d'un groupe de chauffeurs de rickshaw pour demander à être emmené à la gare.

- "100 roupies (le prix normal c'est 30 ou 40).

- It's a joke. 40.

- No, 100.

- Happy Christmas" je réponds et tournant le dos je file à pied. Je fais un kilomètre avant de trouver un autre rickshaw qui me prend 50R (si je continue à pied je raterai le train du matin).

Je prends le train pour Trivandrum, 30 mn de trajet.

Le premier hôtel où je vais est complet, le second est OK mais sera complet dans trois jours. Il faudrait peut-être que je fasse attention, les indiens fêtent aussi le nouvel an.

Balade près du temple hindou réputé de la ville, interdit aux non hindous.

Je file ensuite passer l'après-midi au zoo de la ville, très bien entretenu, les animaux ont l'air à l'aise. Visite aussi d'un musée de sciences naturelles, pas mal. Retour à pied (4km), en passant par deux marchés de Noël (je m'achète un lunghi pour 100R): l'un organisé par une église catholique, l'autre par une association de je ne sais quoi. Bon riz byriani au restau de l'hôtel.

 

Samedi 26 décembre 2010

 

J'ai eu encore du flair: plutôt que d'aller directement demain à la plage de Kovalam, j'ai décidé d'y aller aujourd'hui en éclaireur, sans le sac pour chercher tranquillement un hôtel. Comme c'est la plage la plus courue du Kerala, il se peut qu'il soir difficile d'y trouver une chambre (Lonely Planet dit qu'ils quadruplent les prix en cette période de fin d'année).

D'abord je vais visiter le palais des maharadjahs de Tangalore, tout en bois de tek, assez intéressant (il n'y a pas de grandes ouvertures, mais des lattes de bois serrées qui font aussi office de moucharabiehs (les femmes ne sortaient jamais du palais) et plein de bâtiments tout en longueur dans plusieurs cours.

Je prends ensuite un bus pour Kovalam, à 15km.

Vu le battage dont on fait de cette plage je m'attendais à quelque chose d'exceptionnel. Déception. C'est assez quelconque, les hôtels, restaurants et boutiques de souvenirs on littéralement défiguré le bord de mer qui était autrefois une forêt de cocotiers. Il y a trois anses, la moins moche est celle où se trouve un hôtel de super luxe (je me ferai vider poliment par les vigiles alors que je me promenais dans leur parc superbe qui occupe tout un promontoire rocheux) et rien d'autre. En plus le temps est gris, la mer démontée. Des décharges sauvages jalonnent le chemin labyrinthique derrière les hôtels (LP disait que là c'était plus authentique, que dalle, c'est crade).

Mission accomplie, je peux rentrer à Trivandrum sachant que je vais m'éviter une étape décevante à Kovalam.

Je retourne à la fête de l'association près de l'hôtel où dansent deux jeunes indiennes dans le style balinais (hier c'étaient deux nanas qui chantaient super bien).

 

Dimanche 27 décembre 2010                         Kanyakumari

 

Je pars à la gare après avoir déjoué une "erreur" sur la note de l'hôtel (20 roupies, d'accord, mais c'est pour le principe).

Dégourdi comme jamais, je fais la queue au guichet, je demande une place en wagon couchette (ce n'est pas pour la couchette, mais il y a moins de monde, place assise assurée), je demande l'heure du train pour Kanyakumari (10h15, différent de l'affichage qui dit 10h). Puis j'attends.

A 10h moins dix les hauts parleurs annoncent que le train pour Kanyakumari partira voie 4 à 10h15. Ok, j'y vais. Un train est là qui attend. Je cherche un wagon couchette et m'installe. A 10h il démarre. Je me dis que les horaires c'est n'importe quoi ici.

En regardant par la fenêtre la lumière dans le paysage me chiffonne. Tout à coup je comprends: nous filons vers le nord, dos au soleil, alors que Kanyakumari est à la pointe extrême sud de l'Inde. Heureusement le train s'arrête une demi-heure plus tard à Varkara. Je descends et reprends un train en sens inverse.

Je vais ensuite attendre 3 heures en gare le deuxième et dernier train pour Kanyakumari. La ville est en bout de ligne et sur la fin je me retrouve tout seul dans le wagon (chose exceptionnelle en Inde).

J'arrive de nuit, sous une bruine fine, il ne fait pas très chaud. Pourtant on est à 5° de l'équateur.

Je cherche une adresse pas chère de Lonely Planet près de la gare mais l'hôtel n'existe plus, un gros resort est en construction à la place. Je fais plusieurs hôtels, tous complets. En fait mes craintes se confirment, c'est noir de monde, pèlerins et touristes indiens ont envahi les lieux pour la fin de l'année, des tas de gens dorment sur les trottoirs. Un hôtel borgne me propose une chambre sale à 1000 roupies, je hausse les épaules. Mais le mec me dit que je ne trouverai rien, on est en "super haute saison".

Je vais à l'hôtel le plus proche de la gare que j'avais snobé car d'apparence trop chicos, bingo, une chambre correcte à 900 roupies, je la prends.

Je fais un tour ensuite à l'extrémité du sous-continent, jolie vue avec une statue énorme d'un poète tamoul sur un rocher au large, un monument en l'honneur du philosophe Vivekananda également en mer et un autre pour Gandhi sur la plage. Beaucoup de monde, des pèlerins, des familles, et des dizaines et dizaines de marchands de bibelotes en plastique, souvenirs en coquillage, images pieuses, fritures diverses et noix de coco à boire.

Ça valait le coup de venir.

 

Lundi 28 décembre 2010                                Madurai

 

Je pars de bon matin pour aller prendre le ferry pour faire la visite des deux îlots. J'étais optimiste: à 8h du matin il y a déjà un kilomètre de queue pour acheter les billets. Très peu pour moi. Je traîne un  peu mais il n'y a vraiment rien à faire ici, trop de monde et pas grand chose à voir. Je vais à la gare,  j'apprends qu'il n'y a qu'un train ce soir pour Madurai qui arrive là-bas à 1h du matin. Pas pratique. Je  vais à la gare routière, il y a un bus "aux alentours de " 11h. Attente de 3h puis voyage éreintant de 6h  et demi. J'arrive à Madurai à la nuit encore.

Je cherche un hôtel, mais tous complets et chers (plus de 1000R). Un rabatteur m'entreprend et m'emmène  voir plusieurs hôtels, pleins aussi. Le dernier qu'il me montre est un infâme bouiboui, la chambre qu'on  me montre est jonchée de papiers et déchets plastiques (je ne regarde même pas les draps). Je dis au  rabatteur que pour faire ce qu'il fait je sais mieux le faire tout seul, lui file 10R et pars tout seul  vers un hôtel qu'on voit de loin grâce à son enseigne flamboyante. 650R, correct sans plus, je prends, je  n'ai pas le choix. Il va s'avérer bruyant car pratiquement adossé à un temple animé dont les  haut-parleurs crachent de la musique et des harangues assourdissantes, sans compter les rues attenantes  qui sont en permanence saturées de véhicules klaxonnant et pétaradant.

Madurai n'est vraiment pas une ville tranquille.

 

Mardi 29 décembre 2010

 

Visite du fameux temple Meenakshi: grandiose, magnifique. Il est immense, composé de plusieurs cours, gopurams (entrées-tours), temples. Les gopurams (12) sont très hauts (50m) et très colorés. A l'intérieur des centaines de pèlerins font leurs dévotions. Des centaines de marchands occupent aussi les lieux. C'est très mélangé: religion, commerce, tourisme, çà crée une ambiance.

J'y reste plusieurs heures (jusqu'à la pause déjeuner - sieste obligatoire dans les temples de midi à 16h).

Je vais ensuite en cyclo-pousse au musée Gandhi (c'est ici qu'il a décidé que tous les indiens devaient porter le dhoti fait par eux-mêmes pour boycotter les tissus importés d'Angleterre). Intéressant.

Je vais ensuite à la gare pour acheter un billet pour demain pour Trichy. Je repère le train qui me convient (il n'y en a qu'un qui ne soit ni trop tôt le matin ni tard le soir). Je vais à une borne interactive vérifier s'il y a des places libres, ok, il y en a. J'attaque 45mn de queue au guichet, aux aguets pour ne pas me faire doubler, comme d'habitude j'ai choisi le guichet où officie le flemmard du service, il vend un ticket quand les autres guichets en font trois ou quatre. J'ai répété la phrase que j'allais lui pondre, bref et précis: "Trichy tomorrow at eleven, one sleeper for one person". Bref arrive mon tour. A peine ai-je attaqué ma phrase qu'il me rétorque:"not now, come again tomorrow". Bien sûr, les guichets de gare ne vendent que les billets du jour ! Je le savais en plus. Bon je cherche et trouve le bureau des réservations, dans un autre bâtiment, remplis le formulaire adéquat et repars enfin avec mon billet...

Le soir je retourne au temple où se déroule une procession. Ce temple est beau aussi la nuit.
Je vais ensuite dans un hôtel qui se veut très chic pour utiliser leur "café internet" (sic). Un chef de rang m'avertit d'un ton péremptoire: "minimum 20 roupies". Le café internet se résume à une vieille bécane sous l'escalier, écran années 80. J'allume la machine, j'attends que les circuits chauffent, je clique pour annuler quelques messages d'erreur, je lance l'antivirus freeware qui a fait son dernier scan de disque en août 2008, et lance firefox. "Serveur introuvable": il n'y a pas de connexion internet. Je me lève et le signale au fameux gland galonné qui me répond "eh oui...". Il le savait le con, il m'a fait perdre 10mn pour rien.

Je mange un "poulet 65" avec pour légume du piment mélangé à des morceaux de porotha (pain). Pas cher et très bon.

 

Mercredi 30 décembre 2010

 

Le poulet pas cher et bon m'amène à prendre du lopéramide ce matin.

Je prends le train pour Trichy (Tiruchirappalli), beaucoup de monde.

Le premier hôtel où je m'enquiers d'une chambre est complet. Le deuxième me dit qu'il lui reste une double avec clim, 950R. Ça fait cher mais bon évitons la galère. La chambre est pas mal, avec balcon ayant vue imprenable sur la décharge sauvage derrière l'hôtel.

Je vais visiter le "Rock Fort Temple", aucun rapport avec le Larzac, c'est un temple, plutôt deux temples sur un rocher qui domine la ville. On y monte par un escalier creusé à l'intérieur du rocher, pas mal. Je monte avec un groupe de peut-être cent nanas habillées de rouge vif que je croise depuis Madurai. Je ne sais pas si leur sari rouge est une marque religieuse ou ethnique.

 

Jeudi 31 décembre 2010                                Trichy

 

Grasse matinée puis visite du superbe temple de Ranganathaswami: 60  hectares, une quinzaine de gopurams dont un de 75m. Par chance on est en  période de fête religieuse (encore une, celle-là va de la mi-décembre à  début janvier), j'ai assisté à une procession qui a remué le coeur des  foules. Beaucoup beaucoup de monde, les sanctuaires où seuls les hindous  sont admis ne sont accessibles qu'après plusieurs heures de queue. Avant  d'enter j'ai dû attendre une demi-heure qu'un casier à chaussure se libère  pour y déposer mes "north face" (on entre toujours pied nu dans les  temples, dans les bijouteries aussi d'ailleurs).

J'ai ensuite fait la queue pendant 45mn à la gare pour réserver un billet  pour demain pour Tanjore: arrivé au guichet on me dit que pour Tanjore il  n'y a pas de réservation possible, je dois acheter le billet demain avant  de partir. On dirait la même manip qu'avant-hier à la gare de Madurai mais  à l'envers...

Je suis allé retirer du fric dans un ATM. Comme il m'a donné des billets de 1000 difficiles à écouler, je suis entré dans l'agence attenante pour obtenir de la monnaie sur deux billets. L'employé était très suspicieux bien que je lui aie dit que les billets provenaient de son distributeur. De retour dans ma chambre j'ai observé les billets de 1000 qui me restaient et l'un d'entre eux  était vraisemblablement faux: texture et couleur différentes des autres et surtout un dessin en filigrane qui n'y était pas. Bravo la banque Canaka!

Mission urgente: écouler le billet. Je vais dans un bar sombre, comme tous les bars à alcool, je bois un mauvais gin et paye avec ma coupure suspecte. Je laisse un pourboire de 10 roupies au serveur, ce qui n'est pas de moi!

Je vais ensuite dans l'un des hôtels les plus chics du coin pour manger "arabe": c'est le doner kebab qui trônait à l'entrée qui m'a fait saliver. Je vais commander un cocktail à l'ananas sans alcool, le doner kebab avec houmos et un riz aux crevettes. J'obtiendrai un cocktail aux fruits rouges, un kebab à la mayonnaise et un riz cantonnais. Mais je suis de bonne humeur, je laisse 10R de pourboire...

End of 2009.

 

Vendredi 1 janvier 2010           Tanjore

 

Je pars de bon matin pour Tanjore. Je trouve assez vite un bon hôtel, le Tamil Nadu, 750R mais ça les vaut.

Visite du palais des maharadjahs de Tanjore, passablement à l'abandon mais plein du charme des vieilles pierres chargées d'histoire. C'est un vrai labyrinthe très mal signalé avec des cours, des bâtiments divers, plusieurs musées (bidons), un gopuram, une tour à la cloche avec un escalier très étroit en colimaçon.

J'attends ensuite l'ouverture du Grand Temple de Brihadishwara: classé par l'Unesco, il est superbe, couleur ocre, dans une grande esplanade ceinturée de hauts remparts avec un Nandi (taureau) énorme en face du sanctuaire.

Le soir je me force à manger mais je n'ai pas faim: la cuisine indienne commence à me lasser d'autant que c'est toujours la même chose qui est proposé dans les restaus. A noter qu'il est plus facile de trouver dans le Tamil Nadu du café noir que du thé noir (thé sans lait).

 

Samedi 2 janvier 2010

 

Je prends le train pour Kumbakonam (une heure, 6R). Je vais à l'adresse préférée de Lonely Planet, mais c'est complet, de toutes façons c'était trop chicos pour moi. A peu de distance je tombe sur une "residency" très propre pour 440R la double. C'est un gamin de 10 ans aux yeux pétillants de malice et d'intelligence qui finit de préparer la chambre. Je lui refile 10R, ce qui fait pétiller encore plus ses yeux.

Je traîne jusqu'à 16h que les temples veuillent bien ouvrir. J'en visite trois, pas mal, très anciens (XIIème siècle). Ce qui me plait c'est le fait qu'enfin je peux visiter en toute tranquillité, il y a juste quelques fidèles locaux et une poignée de touristes. Un temple de Vishnou et deux de Shiva, mais je ne vois pas bien la différence. Dans l'un des temples de Shiva il y a un lingam qui aurait été façonné par Shiva lui-même !!

Prévoyant la visite des temples je porte des tongs aux pieds que je mets dans mon sac avant d'entrer: une mendiante éclate de rire en me voyant les sortir du sac pour les chausser: elle a gagné 10 roupies!

Le soir j'ai du mal à trouver un restau engageant, ce n'est pas une capitale gastronomique ici. En fait je n'ai pas faim, je commande comme d'habitude un riz byriani que je ne finis pas.

 

Dimanche 3 janvier 2010

De bon matin je pars en rickshaw voir un temple de l'époque Chola dans un village proche. Puis je prends un bus, deux heures et demi de trajet pour aller voir un grand temple à Chidambaram. Vieux temple immense encore, mais bof, je deviens blasé. Retour deux heures et demi de bus, une partie entre deux gros qui jouaient des épaules et des coudes et l'un m'a même fait une réflexion en tamoul pour que je me pousse. Je lui ai répondu en français qu’il ne me fasse pas chier. A la première occasion il a changé de place. Très bon repas à l'hôtel chic du coin (cuisses de poulet tandoori).

 

Lundi 4 janvier 2010                                 Pondichery

 

Me voilà enfin à Pondicherry après 5heures de bus. Bon feeling: la ville est tranquille, propre, tout au moins la partie touristique, il y a de grandes rues presque désertes, des maisons de style colonial, une grande promenade sur le front de mer, un beau jardin public, un jardin botanique, et des cafés, restaus et hôtels assez classes. La french touch, quoi. On n'est pas doués pour le business mais pour la qualité de vie on est imbattables.

Les prix sont à la hausse: j'ai refusé d'aller dans une guest house à 750R mais ai fini dans un hôtel de front de mer à 1500. Un peu l'arnaque vues les prestations mais j'avais envie de voir la mer au coucher et au lever... Demain je chercherai moins cher.

Balade tranquille dans la ville, c'est tout petit, des rues à angles droits, beaucoup de villas chics, l'alliance française et le lycée français sont installés dans des locaux prestigieux. Forte présence du ashram d'Aurobindo dans le tissu économique local: hôtels, agences de voyage, clinique, centre de yoga, animation culturelle...

La langue française semble n'exister que dans un rayon de 50m autour de l'alliance française.... Là non plus on n'est pas forts.

Repas "à la française": frites et pavé de poisson grillé, crêpes banane chocolat. Ça fait du bien de retrouver ses marques.

 

Mardi 5 Mercredi 6 janvier 2010

 

Repos, il n'y a que ça à faire à Pondicherry... Je suis dans une guest house tenue par un français rencontré par Renaud à Avignon l'été dernier (un génie de l'informatique). Un peu chéro pour ce que c'est (1000R), ambiance familiale et pas très pro, mais ils sont sympas.

Visite de l’ashram d'Aurobindo en ville, avec la tombe du maître et de "la Mère". Culte de la personnalité à fond, sacralisation des deux fondateurs de cette philosophie... je suis dubitatif.

 

Jeudi 7 janvier 2010                                

 

Aujourd'hui j'ai loué un scooter et je suis allé voir de près Auroville.

Cela n'a rien d'une ville, c'est un bout de campagne très boisé (fierté des aurovilliens qui ont planté en 40 ans un million d'arbres sur ce plateau autrefois pelé). C'est assez informel, à part le centre d'information pour les visiteurs on se croirait n'importe où au Tamil Nadu. Je n'ai pas vu grand chose ni grand monde bien qu'ils soient 2000 résidents. J'ai bien sûr vu le Matrimandir, la sphère sacrée qui contient un énorme quartz qui capte les rayons du soleil (mais je ne l'ai pas vu c'est réservé aux adeptes). Sa construction a débuté en 1971 et s'est terminée l'an dernier. Tout neuf donc. Mais bon, je suis très circonspect avec ce genre de chose: si ce n'est pas une secte ça en a en tout cas l'aspect et la saveur.

Ils sont bien branchés écolos aussi (four solaire, bouffe bio, économies d'énergie, éoliennes, voitures électriques). Beaucoup de femmes sexagénaires blanches) semble-t-il parmi les résidents.

 

 

Vendredi 8 janvier 2010                            Mamallapuram

 

Ce matin j'ai acheté mon billet retour sur internet: Mumbai-Dehli-Paris pour 300 euros, le jour même du départ de Françoise et Renaud. J'arriverai même deux heures avant eux à Paris. Je me sens plus tranquille, car cette histoire de vol retour qui était deux jours après la fin de mon visa m'inquiétait... Et puis 4 mois et demi d'Inde, ça suffira.

Je prends un rickshaw sous la pluie pour me rendre à la gare routière. Dès que j'arrive un bus démarre pour Mamallapuram. C'est un express, un vrai, il abat les 100KM en 2 heures.

Mamallapuram est sympathique, beaucoup de temples historiques dont l'un en bord de mer, mignon (liste Unesco). L'endroit est très touristique mais ça va, pas trop pénible (à part les rickshaws qui me gavent comme d'hab, j'ai marché 20 mn sous la pluie plutôt que de payer 50R  pour faire deux kilomètres, question de principe, j'aime pas être pris pour un gland (le rickshaw m'a poursuivi pour finalement me proposer 15R, mais je l'ai envoyé sur les roses)).

Guest house honnête à 500R, on est loin des prix indiqués par chocolat Planet (ils parlent de 50, 100, 150 roupies !!).

Repas minable sur la plage (crevettes riquiqui). Mais j'aime bien les lieux.

 

Samedi 9 janvier 2010

 

Balade dans le village où se trouve un éboulis de gros rochers presque tous sculptés: temples, statues. La face d'un rocher de plusieurs dizaines de mètres est entièrement gravée, représentant une fresque avec Shiva, de nombreux personnages et des animaux. Ça date VII ème siècle et la sculpture sur pierre est toujours l'activité principale du village.

Le village est sympa et mériterait que j'y reste plusieurs jours, mais le temps est maussade avec pluies intermittentes, ce qui nuit à mon moral. Je décide donc de partir.

Je vais au comptoir de réservation des trains, je comptais aller demain à Hyderabad mais pas de place dans les trains jusqu'à dans 10 jours. Je change d'avis et trouve et réserve une place pour après-demain pour Vijayawada au départ de Chennai (ils ont des terminaux informatiques à la disposition du public, c'est très pratique, car l'employé derrière l'hygiaphone ne veut rien savoir sinon le formulaire correctement rempli).

Le soir festival de danse indienne au pied de la fresque, pas  mal, puis je mange dans un restau tenu par un français et rencontre une catalane de Barcelone qui a dans ses connaissances un Cruells...

 

Dimanche 10 janvier 2010                         Chennai (Madras)

 

Journée à Chennai (Madras), quatrième ville de l'Inde, grande donc et pas mal de misère (sdf sur les trottoirs, bidonvilles sur les rives du fleuve local), rien à voir d'intéressant mais j'arpente quand même les rues toute l'après-midi. Je me suis acheté une paire de chaussettes Reebok car mes deux paires de Go Sport sont mortes,  et un guide de voyage qui traite de l'inde du nord (Frommer's, connais pas) car je vais en avoir besoin.

Je vais jusqu'au Fort St George, seule attraction touristique de la ville, mais pas terrible et son musée ferme dans un quart d'heure, donc je n'entre pas. L'hôtel que j'ai trouvé est très bien,  je décide d'y manger le soir.

 

Lundi 11 janvier 2010

 

La journée démarre mal: à 8h le préposé au linge me réveille en tapant à ma porte pour savoir si j'ai du linge à laver. Par contre le linge que j'ai donné à laver hier en indiquant impérativement qu'il me le fallait ce matin n'est pas près. Ou plutôt le sera dans 5mn, dans 5mn, dans 5mn... Je l'ai eu enfin à 11h mais avec le tarif "express". En attendant je suis allé me faire raser, le barbier semblait fatigué, je me suis senti crispé jusqu'à ce que finalement il me coupe. La réceptionniste de l'hôtel m'arnaque de 150R, prétendant que c'est les taxes (j'avais donné une avance de 1000R alors que la chambre faisait hier toutes taxes comprises 850).

Départ en train pour Vijayawanad, 7h de voyage en 2ème climatisée, cool.

J'arrive à 10h du soir et trouve un hôtel médiocre mais ça ira pour la nuit.

 

Mardi 12 janvier 2010                                Hyderabad

 

Je prends un bus Volvo, synonyme de super luxe qui m'emmène d'une traite (de 6h) à Hyderabad au coeur de l'Andhra Pradesh. Actuellement l'Etat connaît des troubles car une partie de la population veut faire sécession et créer un nouvel état, le Talangana. Les pourparlers avec le gouvernement fédéral vont bon train, dans un sens positif, mais les sécessionnistes mettent la pression (grèves sporadiques, manifs, facs bloquées). J'ai pris le pari que ce sera calme les quelques jours où je serai à Hyderabad car après-demain c'est une grande fête, Pongal, fériée, et qui va se prolonger pendant 5 jours.

J'ai réservé pour le 14 au soir un train en première classe pour Vizag (c'était la dernière place qui restait).

Mauvaise surprise en allant retirer de l'argent avec ma carte visa: "plus d'argent sur votre compte". Je fais plusieurs ATM, refus à chaque fois (bien qu'une m'a donné 100 roupies, 1,50 euro).

Mauvais riz biryiani le soir, pourtant je suis dans la ville qui l'a inventé.

 

Mercredi 13 janvier 2010

 

Mauvaise journée. Il pleut, il fait frais (18), et je passe la matinée à essayer de résoudre le problème de la carte visa: je vais à la State Bank of India, qui dit qu'elle ne peut rien faire, puis je vais envoyer des mails à ma banque et Françoise pour qu'elle aille voir à mon agence, puis je vais changer le billet de 50 euros que je gardais en réserve d'urgence (rien que cette opération a pris une heure, un employé nul qui se la jouait "je suis important", qui a rempli en belle calligraphie trois bordereaux mais qui ne voulait pas me donner de reçu, et le caissier qui a pris le relais dans le style "je fais prends mon temps si je veux", je les aurait étranglés (j'ai précipité si on peut dire les opérations en disant que j'avais un train dans une heure). Ce qui m'inquiète c'est que demain c'est férié et que la fête dure 5 jours avec le week-end.

J'arrive quand même à aller voir le bouddha géant qui trône au milieu du lac en centre ville, puis après une pause due à la pluie, le Charminar, espèce d'Arc de Triomphe monumental surmonté de quatre minarets (construit par un pacha pour fêter la création de la ville (l'ancienne capitale était Golconde, à quelques kilomètres de là,  mais elle avait été décimée par la peste et souffrait de sécheresse). A côté il y a un chouette marché musulman, très moyenâgeux par endroits, plein de femmes en burqa qui font leurs achats.

Le soir j'apprends par Françoise que la carte serait débloquée demain, le problème étant que je dépassais le plafond de 300 euros/semaine: habituellement je retire 10000 roupies ce qui faisait un peu moins de 150 euros, et si je faisais un second retrait avant 8 jours ça faisait moins de 300. Mais l'euro a baissé et 10000 roupies c'est maintenant un poil plus que 150 euros.

 

Jeudi 14 janvier 2010

 

C'est jour férié, Pongal, la fête des moissons, ou plutôt ici ça s'appelle Sankranti. Les enfants font voler des cerfs-volants, pas de voitures dans les rues, magasins fermés. Je file à 10km de là voir la forteresse de Golconde. Je hèle un tuk-tuk solitaire qui passe et oh surprise, quand je demande combien il veut, il me répond "au compteur". OK. Lonely Planet annonçait 4 km pour faire le trajet et 200R l'aller et retour. En fait ça fait 10km et ça m'a coûté 70R l'aller. Mais à l'arrivée je lui propose de m'attendre pour ensuite me ramener et je lui donnerai 150R. Un vendeur de cartes postales se mêle à la conversation, dieu sait ce qu'ils se disent mais le chauffeur m'annonce tout à trac 600R ! Ciao, tiens tes 70R et va voir ailleurs si j'y suis.

Le fort est superbe. C'est une cité de Carcassonne indo musulmane. Elle date du XVI ème et a été la capitale du Telangana pendant un siècle avant que la cour se déplace à Hyderabad.

Je me promène pendant 3 heures au milieu des murailles de granit, je traverse palais et écuries de chameaux (ils n'y en a plus), pratiquement seul car il est 9h du matin et officiellement ça ouvre à 10h, et puis c'est fête. Quand je pars la foule arrive. Il y a un autre site à voir à 2 km, mais la pluie menace, je laisse tomber et me dirige vers l'arrêt de bus. Un tuk-tuk m'intercepte. "150R" pour rentrer à Hyderabad. Je ricane et lui dit que c'est 70R ou le bus (ils craignent cet argument, car le bus c'est 4 ou 5R).

"Impossible, c'est loin, 100R." Je lui dis qu'on va faire avec le compteur. Il est d'accord, puis file dans la direction opposée à celle d'où je suis venu. Je lui tapote l'épaule et lui dit que ça ne va pas, Hyderabad c'est derrière. Toujours dans ces cas là leur anglais devient très laborieux. Je lui dis de retourner, je vais prendre le bus. Il me propose 80R. OK, j'accepte, et le voilà qui continue dans la même direction. Je ne comprends pas tout, mais il me ramène à Hyderabad en faisant un détour de 3 km, dieu sait pourquoi, pour 80R.

Voyage en train en 1ère classe très confortable (selon les standards indiens, sinon ça ressemble à un vieux TER des années 80). Je discute avec les gars du compartiment (en 1ère on est 4), surtout un qui veut tout savoir sur ma manière de vivre (le fait que je ne veuille pas être propriétaire le fait rire aux éclats).  J'étais inquiet de ne pas me réveiller pour l'arrêt à Visakhapatnam à 3h30 du matin, mais le préposé du wagon a bien fait son boulot et m'a réveillé.

J'ai de la chance, un hôtel est accolé à la gare. 450R, c'est basique mais pratique. Je me rendors jusqu'a 9h.

 

Vendredi 15 janvier 2010                           Visag

 

Temps encore brumeux et pluvieux. Je prends un tuk-tuk pour la plage, elle est immense, on n’en voit pas la fin d'un côté comme de l'autre. Pas grand monde, tous commerces fermés. Le front de mer est une succession de résidences et d'hôtels "chics" un peu délabrés réservés à la classe moyenne indienne.

Après une petite marche diététique, je décide d'aller voir le centre ville. Mort, tout fermé. Je mange un bon paper masala dosa, ça me manquait, puis décide de retourner à la gare pour voir comment je vais repartir d'ici et si je peux prendre le petit train de montagne qui est l'attraction touristique du coin. Pour l'attraction touristique c'est raté, complet pour tout le week-end. J'épluche pendant une heure la liste des trains en direction de Puri. Il y en a beaucoup mais l'affichage numérique "live" les affiche tous complets. Mais en fait il semble que ce soit approximatif et que ça concerne les voyages du départ au terminus, les  trajets intermédiaires ne sont pas pris en compte. Je reprends un tuk-tuk pour aller dans un cybercafé. Sur internet je consulte le site de la SNCF indienne et trouve un train pour demain pour Bhubaneswar (grande ville à côté de Puri) avec des places libres. Je retourne en tuk-tuk à la gare (les prix ne sont jamais les mêmes bien que je fasse le même trajet) et j'achète mon billet (j'ai de la chance il y a étonnamment peu de monde aux guichets).

Content de moi je vais me faire raser et tondre mes poils du crâne (le type s'escrime avec trois tondeuses toutes défectueuses avant que je lui dise de me le faire aux ciseaux).

Je brille comme un sou neuf. Le soir j'achète 2 brochettes de poulet dans la rue, ça me faisait saliver, hélas elles ne sont pas bien cuite, je les jette aux chiens errants qui traînent en nombre dans le quartier. Je me repaye un paper masala dosa, trop bon.

 

Samedi 16 janvier 2010

 

Pour 130R la course en rickshaw je file à Kailasagiri Hill, au pied d'une colline en bord de mer. Un téléphérique permet de monter au sommet mais il ouvre à 11h et il est 9h. J'attaque la montée assez hard mais bien aménagée avec de larges escaliers. En haut c'est un grand parc public avec une vue superbe par beau temps (il y a du soleil mais beaucoup de brume, la vue sur la mer est trouble). Un immense Shiva avec son épouse Parvati trônent au centre du parc. Je me balade 3 heures, espérant la levée de la brume marine. Je repars en rickshaw après un marchandage serré (100R) à mon hôtel. J'achète le journal et j'apprends que hier entre midi et trois heures il y a eu une éclipse solaire de type annulaire et de fréquence millénaire!! Merde. En fait c'est quand je cherchais désespérément une place de train entre la gare et le cyber café. "Mais c'était très nuageux et on pouvait la voir par intermittence, l'endroit optimal étant a Kanyakumari, à l'extrême sud de l'Inde" dit le journal. "Les gens se sont enfermés chez eux, se sont interdits de boire et manger puis se sont lavés pour se débarrasser de la mauvaise influence de l'éclipse". Voilà pourquoi il n'y avait pas la queue à la gare quand j'ai acheté mon billet!

Voyage de 8h entre Visag et Bhubaneswar en  train classe sleeper (crade mais tranquille). J'arrive à 11H  du soir et trouve rapidement un hôtel, listé et déconseillé par chocolat Planet à juste raison (c'est cher et crade). Mais il est tard, c'est tout près de la gare  et le premier que j'entreprends est complet.

 

----première partie du carnet de voyage d'un jeune retraité en Inde (ici la suite)----